— Par mon Maître ! comme il te trouvera belle, et comme il t’aimera ! — s’exclame Hanifa, la vieille servante, en maniant les étoffes.

Le visage de la princesse se rembrunit :

— Tais-toi, — crie-t-elle avec colère. — Je t’ai défendu de me parler de lui, et toute la journée tu m’en emplis les oreilles.

— O Lella, pardonne-moi ! Par la tête de notre Seigneur Mohamed, tu sais bien que je t’aime plus que mon père, plus que mes enfants. Si tu veux, j’arracherai mes yeux et je te les donnerai.

— Bien, bien ! — dit la princesse, — range ces vêtements et laisse-nous en paix… Voilà, — reprit-elle, quand nous fûmes sorties, — ce que j’entends du matin au soir. Ma tante, mes sœurs, les servantes, ne savent parler que de Si Abd el Karim. J’ai bien le temps d’y penser : toute ma vie ! Ne peut-on me laisser tranquillement jouir de mes derniers jours ici ?

Mais, d’elle-même, au bout de quelques instants, elle revient à ce sujet, le seul dont, malgré tout, son esprit soit hanté.

— Tu as vu ma sœur Bederen’nour ? Que dit-elle de mes noces ?

— Elle s’en réjouit fort, et m’a chargée de ses salutations et de ses vœux, en attendant le jour prochain où elle viendra.

— Cependant elle n’ignore pas que je suis malheureuse.

— Elle pense que Si Abd el Karim saura bien rafraîchir ton cœur.