— Le mariage ne lui a pourtant pas apporté un grand bonheur.

— Elle ne m’en a jamais rien dit. Mais je crois en effet que le caïd Mansour n’est pas un époux modèle…

— Si Abd el Karim n’est plus jeune, — reprit la princesse rêveuse, — il a dépassé cinquante ans. On dit que les vieux maris sont les meilleurs.

— Sans doute. Ils ne songent pas à tromper leurs femmes, et leur témoignent encore plus d’amour que les jeunes gens.

— L’amour me fait peur ! — déclare la petite princesse farouche.


La semaine des noces fut vite arrivée. Le palais du prince Ibrahim devint une ruche bruyante ; les servantes couraient à travers la maison, portant des étoffes et des paquets ; les invitées s’étaient installées dans toutes les pièces avec leurs coffres, et la célèbre hennena Homeina ne quittait plus la fiancée.

— Tu viendras le cinquième jour, — m’avait dit la petite princesse. — C’est celui où l’on transportera mes affaires chez Si Abd el Karim. Tu ne me verras pas, mais ma sœur Bederen’nour sera là pour te recevoir.

Je n’eus garde de manquer à l’invitation, et je tombai en pleine effervescence. Les négresses installaient dans le grand patio les malles remplies de linge, la literie, les courtines et les coussins en satin brodé, les coffres d’argent ciselé contenant les ustensiles de toilette, les armoires à glace venues de Paris, les corbeilles où se pressaient les flacons de parfum et les bouteilles d’eau de rose, d’atterchïa et de fleur d’oranger, toutes choses données par le père à la fiancée. Le reste du mobilier, lustres et parures, attendait la princesse au domicile de l’époux.

Je fus reçue par la princesse Bederen’nour et présentée aux autres parentes. On me fit admirer en détail les merveilles du trousseau, puis une servante m’apporta du sirop de violette mauve et parfumé comme un bouquet, et des confitures au miel.