— Le premier jour, m’expliqua la princesse, on a teint en noir les cheveux de Zobéïda, et la seconde nuit nous avons toutes pris le hammam. La fiancée s’est alors reposée pendant trois jours. Hier on lui a mis le henné et ce soir, c’est le « lilt el outiia », la fête des jeunes filles. Il y en a une trentaine d’invitées ; elles habilleront la mariée et lui remettront du henné. Après le dîner, les aoueds joueront toute la nuit pour elles. Demain la hennena épilera la mariée et l’accompagnera au hammam. Enfin, le septième jour, nous conduirons Zobéïda chez son mari.
Une rumeur courut à travers le patio, les porteurs réunis dans le vestibule s’apprêtaient à enlever le trousseau. Les femmes se précipitèrent dans les salles environnantes dont on ferma les portes ; mais les servantes curieuses regardaient par les fentes et les serrures, et elles saluèrent de yous-yous frénétiques le départ du mobilier.
On empila les matelas, les coussins et les corbeilles sur des mules brillamment harnachées. Il y en avait quarante ; un cavalier montait chaque bête, surveillant le chargement et scandant la marche de chants joyeux et de battements de mains. Les meubles suivaient à dos d’hommes, recouvrant d’une énorme carapace les porteurs ployés en deux. Le défilé se déroula le long des rues, attirant à tous les moucharabiés les femmes émerveillées…
Le soir des noces, j’arrivai peu de temps avant le départ du cortège. La mariée déjà prête est assise dans le grand salon au milieu d’une foule splendide. L’électricité incendie tous les lustres, et se joue en mille reflets parmi les satins et les pierreries. Je ne reconnais pas la princesse Zobéïda aux fins sourcils arqués, à la physionomie expressive. Elle est devenue la mariée musulmane, cet être impersonnel et muet au visage impassible.
Son teint ambré disparaît sous le fard. Le dessin de sa bouche a été rectifié et avivé de carmin ; ses cheveux noircis au henné tombent en longues boucles de chaque côté de son visage ; de larges sourcils noirs et droits barrent son front ; ses yeux obstinément baissés sont allongés de kohol. Depuis le début des fêtes nuptiales et durant huit jours encore, elle ne doit plus parler, ni sourire, ni regarder aucune chose, elle a honte.
Poupée luxueusement parée, aux gestes rituels.
Elle porte un costume éblouissant d’or, dont le satin blanc se devine à peine sous les lourdes broderies.
Une taguïa d’or, couverte de bijoux en diamants, la couronne d’un diadème royal ; et les colliers de perles énormes et rares, aux plaques ciselées, incrustées de brillants, ruissellent sur sa gebba. Ses bras sont chargés de bracelets, et ses mains étincelantes de bagues.
La petite princesse Zobéïda n’est plus qu’un seul et miraculeux joyau : on oublie vraiment que c’est une créature humaine, sensible et apeurée…