— La malheureuse ! Ce n’est pourtant pas bien grave de résister à un mari qui l’a fait enfermer ici.
— O Allah ! — s’exclamèrent Chedlïa et la « moulaye » scandalisées, — mais c’est un des plus grands péchés pour une femme !
— Y a-t-il parfois des dames de la haute société ?
— Très rarement. Il faut que le mari veuille infliger un châtiment exceptionnel. Les gens aisés mettent plutôt leurs femmes en pension chez des vieillards approuvés par le cadhi. Quelques-uns même louent une maison où l’épouse punie vit avec ses gardiens.
— Combien de temps les femmes restent-elles ici ?
— Cela dépend du mari. Parfois quatre ou cinq jours, parfois des années.
— Il y en a une vingtaine, me semble-t-il ?
— Vingt-huit. C’est peu. Pendant le Rhamadan, nous en avons eu jusqu’à cent cinquante. On ne pouvait plus se remuer.
— Pourquoi plutôt à cette époque-là ?
— Parce que le jeûne rend les gens irritables, et alors les disputes éclatent pour un rien. Veux-tu voir le premier étage où sont logées les femmes à l’« observation » ?