Il y avait quatre ou cinq chambres plus propres que celles du rez-de-chaussée. Des faïences garnissaient les murs par endroits et les plafonds avaient été peints. La maison, dégradée par la négligence et l’humidité, avait dû être jolie autrefois.
Lella Zeïna fut très étonnée de me voir :
— Comment as-tu pu pénétrer ici ? Ce n’est pas facile… ni d’en sortir, — ajouta-t-elle avec tristesse. — Cette chienne de Salouh’a est arrivée à ses fins. Car c’est elle qui m’a trahie, j’en suis sûre.
La chambre de Lella Zeïna était sommairement meublée d’un lit, un coffre, une table, apportés du domicile conjugal.
— Je m’ennuie, dit la jeune femme, la nourriture est mauvaise, la maison sale, il y a des punaises et des poux. Quand donc serai-je libre ?
— Mais tu as de nombreuses compagnes, vous pouvez causer…
— Elles ont toutes l’esprit resserré naturellement. Souvent aussi on se dispute. As-tu vu la petite Fathma ?
— Celle qui est si jeunette, avec un bébé ?
— Oui, elle est mariée depuis onze mois, et il y en a dix qu’elle est enfermée. Elle a eu son enfant ici la semaine passée. Pauvre petite !… Et la grosse Mah’bouha qui a eu trois maris et a été emprisonnée puis répudiée par chacun d’eux. Et Habiba que son époux remet ici chaque fois qu’il s’enivre, c’est-à-dire constamment. Et Mnena qui ne cesse de pleurer… O Miséricordieux ! O Prophète !
— S’il plaît à Dieu, tu rentreras bientôt chez toi.