— Dieu est puissant !
Ainsi Fathma la simple, toujours tremblante et apeurée, affronte, de propos délibéré, ce redoutable inconnu d’un mariage avec un garçon qu’elle n’a jamais vu, et dont elle pourrait être la mère… Elle est plus âgée que Chedlïa, la dernière femme du vieux Tahar, ayant déjà dépassé vingt ans lorsqu’il épousa celle-ci, toute jeunette. Et voici près d’un quart de siècle qu’elle-même fut répudiée par son mari, Azouz, dont elle a deux enfants : Aïcha, déjà maman, et Othman, un gamin de vingt ans, poussé comme une mauvaise herbe.
Fathma grand’mère se remarie !
Je lui dis :
— Tu n’étais pas malheureuse ici avec ton père. N’as-tu pas peur de cet homme que tu ne connais pas ?
Naïve et fataliste, elle ne sait que répondre :
— C’est écrit !… Je suis dans la main d’Allah !
Les noces eurent lieu sans fête, ainsi qu’il convient pour une pauvre répudiée. En dévoilant son épouse, Mohamed le palefrenier eut une vilaine surprise… S’il n’était point assez riche pour se payer une vierge, du moins espérait-il une femme avenante et jeune. L’entremetteuse Khdija lui avait tracé un portrait flatteur de sa fiancée :
— Elle est mince et brune, ses traits sont réguliers et ses yeux très noirs.
Tout cela est parfaitement exact, mais elle avait omis d’ajouter :