Beurnia, femme de Salah, vient d’avoir un garçon. Que ses couches soient bénies !
Et soudain la conversation devient plus aiguë, plus passionnée et plus difficile à suivre. Il est question de la petite Menena bent Ali, dont les noces avec Mohamed le chamelier eurent lieu la semaine passée, et qui se meurt des brutalités de son époux…
Mais, par Allah ! la famille de la petite a porté plainte, et l’affaire, s’il plaît à Dieu ! ira devant l’ouzara[16].
[16] Tribunal des vizirs à Tunis.
— Quand on épouse un vieillard il faut s’attendre à bien des choses, — murmure stoïquement Salouh’a, dont le mari a soixante-dix ans passés.
— Eh ! Eh ! la petite Nefissa ne sait pas ce que le mariage lui apportera, — ricane Mabrouka la trop fière.
— Baba Youssef est un vaillant, malgré son âge, il donne bien ses preuves, — proteste aussitôt Meryem en tapant sur son ventre rebondi. — Et, par la tête du Prophète ! il est capable de nous accorder à toutes la « part de Dieu » après celle de sa nouvelle épouse.
— Quand un homme chargé d’années prend une petite colombe fraîche éclose comme Nefissa, ce n’est pas pour l’atteler à la charrue.
— Par l’Élevé ! c’est lui-même qui labourera, — dit Mabrouka de sa voix aigrelette.
Les rires fusèrent de tous côtés, entremêlés de plaisanteries que je ne comprenais plus. Puis Meryem reprit :