Les pleurs inondent mes joues.
Un feu intense brûle dans mes entrailles…
Et la plaintive mélopée de Nefissa, qui s’éteignait dans l’éloignement, fut comme le dernier adieu de Nefta la très lointaine, de Nefta aux cent coupoles que nous ne reverrons jamais plus.
X
LAMENTO
Des cris perçants ont ébranlé la nuit, suivis de longs sanglots qui s’élèvent et s’exaspèrent, et de clameurs plus sauvages. Ce ne peut être une épouse battue, on distingue les voix de plusieurs femmes… Le concert tragique nous tient éveillés jusqu’au matin. Par instants il semble s’apaiser, puis il repart avec une nouvelle frénésie…
— La vieille Latifa est entrée dans la miséricorde, — nous dit Chedlïa. — Ce sont les lamentations de ses filles que vous entendez.
J’avais aperçu quelquefois notre voisine octogénaire, idiote et paralysée, et je n’aurais pas cru que sa mort pût provoquer un tel désespoir. Ses enfants l’entretenaient avec respect, mais évidemment elle leur était à charge, depuis des années qu’elle avait perdu la raison, et ne reconnaissait pas même les siens.
J’accompagnai Chedlïa au domicile mortuaire.
La vieille Latifa était de petite bourgeoisie, mais son frère, le général Chedli ben Amor, avait joui d’une grande faveur sous Sadok Bey et, malgré la ruine et la disgrâce actuelles, il y aurait, pour cela, de belles funérailles.
Les filles de la morte, Edïa et Cherifa, se lamentent toujours. Leur douleur et leurs cris enflent à chaque nouvelle arrivée :