— O ma mère Latifa ! O ma mère !

— O Puissant !

— O mon Maître !

— O Miséricordieux !

— O Prophète !

— O ma mère Latifa !

Elles ont le visage griffé à coups d’ongles et s’arrachent les cheveux par poignées. Les autres femmes, parentes et amies, sanglotent à l’envi, donnant des signes du plus cuisant chagrin.

Instantanément Chedlïa se met à gémir avec une facilité et un naturel merveilleux. Et je me sens gênée, au milieu de cette foule en pleurs, de ne savoir, moi aussi, verser quelques larmes…

Le cadavre repose dans la pièce voisine, rigide entre deux draps, les gros orteils liés ensemble par une tacrita de soie.

Je reste peu. Déjà les laveuses funèbres apprêtent « l’équipement de la morte » : vases, aiguières, flacons d’essences, pour la dernière toilette. Elles doivent nettoyer soigneusement le corps, et lui faire subir une sorte d’embaumement avec du henné, de la canelle et des tampons de ouate parfumée que l’on dispose aux aisselles, sur la bouche, autour de la tête, et dans toutes les parties susceptibles d’une prompte corruption. Puis la vieille Latifa, vêtue d’un costume neuf et enveloppée d’un suaire, attendra, allongée sur le tapis, tandis que les récitateurs de Coran, par groupes de quatre, se relayeront en psalmodiant les sourates sacrées.