Neïla s’est assise auprès de moi. Elle me reproche la rareté de mes visites.

— Songez que j’ai eu le temps de terminer, depuis que vous êtes venue, ce chemin de table à peine commencé.

Elle me l’apporte : il est charmant, tout incrusté de filet, et brodé dans la perfection.

— Maman vient de m’abonner à la Corbeille à ouvrage qui envoie chaque mois des travaux échantillonnés.

— Ainsi, Neïla, vous continuez toujours votre trousseau ?

Elle rougit, et ses yeux se remplissent de larmes.

— Excusez-moi, — dit-elle tout bas, — j’ai bien des tristesses en ce moment. Mes cousines ont dû vous le dire, mon père va me marier à Si Tayeb ben Mokhtar.

— Mais, Neïla, si cette union vous répugne, ne pouvez-vous, très respectueusement, résister à Si Omar ?

— Je n’ose pas, — dit-elle. — Vous savez le respect que nous avons pour nos pères. Et puis, ce serait mal…

— Alors, vous acceptez ainsi l’époux qu’il vous impose ?