— Oui, — répond-elle simplement… — Je tâcherai de prendre mon parti de cette nouvelle existence. Ma cousine Amina, qui a été élevée comme moi, a bien épousé Si Slim Cherif, et elle vit suivant les vieilles mœurs. Elle n’est pas malheureuse, elle a un bébé…

Une mulâtresse apporte le thé, très correctement servi à l’européenne, sur de petits napperons brodés. Puis elle disparaît. Dans cette maison les servantes font leur service comme chez nous, avec silence et discrétion.

Après quelques moments, je me lève, Neïla me reconduit jusqu’en haut de l’escalier.

— Vous ne tarderez pas à être invitée à mes noces, — dit-elle. — Ce matin on en a fixé l’époque après notre nouvelle année.

— Alors, c’est tout à fait décidé ?

— Oui, — répond la jeune fille, — maintenant il n’y a plus qu’à savoir me soumettre et me dominer… l’un et l’autre sont difficiles, mais je m’y efforce.

XII
LA DAME DE LA RUE SIDI BEN NAÏM

Je me promenais, en quête d’un modèle, aux environs de la rue Sidi ben Naïm, dans cet étrange quartier de courtisanes, où les portes ouvertes de chaque maison laissent apercevoir des femmes parées et nonchalantes, étendues sur leurs divans. Des femmes aux visages nus et aux mœurs impudiques.

Il y avait des Tunisiennes en pantalons bouffants et gebbas brodées, des bédouines chargées de bijoux sauvages, et drapées dans leurs meleh’fas de soie, des négresses aux oripeaux éclatants, des Juives grasses et blanches.

Quelques-unes causaient et riaient avec des tirailleurs indigènes : mais la plupart se reposaient, indolentes, en buvant du café à petites gorgées, et en croquant de gros radis mauves.