J’hésitai une seconde, puis la curiosité l’emporta et je suivis Zeïna la courtisane.

Au delà du vestibule, meublé du seul divan indicateur, je traversai un gai petit patio tout fleuri, jardinet en miniature qu’ombrageait un bananier aux feuilles longues, molles et déchiquetées.

La chambre de la jeune femme était presque semblable à celle d’autrefois, chez son ex-époux Si Salah Boubaker : deux lits, des étagères chargées de bibelots au-dessus du divan, des armoires à glace Louis XV flanquant la porte, et à la place du piano muet, un mystérieux objet enveloppé d’une étoffe de soie.

Zeïna me prépara une tasse de café, me fit un bouquet avec les trois roses du patio mêlées à quelques brins de jasmin, puis nous nous mîmes à bavarder comme de bonnes amies.

— Tu devrais me raconter tout ce qui t’est arrivé depuis la dernière fois où nous nous sommes vues.

— Volontiers, puisque tu daignes t’intéresser à moi. Donc, au bout de huit mois, Si Salah m’a répudiée et je suis sortie de prison. Ma famille habite Gafsa, et encore n’y ai-je plus que des oncles assez indifférents. J’étais nue[18], je me serais trouvée sans asile si la vieille Aouicha n’avait guetté ma sortie. Elle m’engageait à venir ici, dans sa maison, m’assurant que je m’y plairais et y gagnerais beaucoup d’argent.

[18] Dénuée de tout.

— Et tu n’as pas hésité ?

— Qu’aurais-je fait autrement ?… Dieu est puissant !… Et puis je savais que la vieille ne mentait pas. En effet, elle m’a prêté trois cents francs pour acheter des vêtements et des bijoux et m’a emmenée chez elle. J’y suis restée six mois.

— Pourquoi l’as-tu quittée ?