— Allah ! — m’écriai-je, — est-ce possible ! Pourquoi ne m’as-tu pas avertie plus tôt ? Voilà trois heures que je suis ici.
— Je ne voulais pas qu’aucun souci troublât pour toi la fête. Mais à présent tu pars… Mouley Abd Es Selem va mourir si tu ne trouves rien pour le sauver !
Un chagrin si poignant la bouleversait, que je n’arrivais pas à comprendre comment cette femme en pleurs avait pu, tout le jour, dissimuler son anxiété par simple politesse envers ses hôtes.
Je partis en courant à travers les ruelles noires, avec un petit esclave qui portait une lanterne. La toubiba habitait à l’autre extrémité de la ville, et je dus attendre son retour. Il était au moins huit heures lorsque nous revînmes à la demeure du Chérif Jilali.
Mouley Abbas nous attendait, très anxieux, dans ses appartements, puis nous passâmes à ceux des femmes qu’emplissait toujours la joyeuse rumeur. Les cheikhat continuaient leur concert endiablé, et les invitées dodelinaient de la tête au rythme de la musique, tout en croquant des pâtisseries. Quelques-unes se levaient parfois pour esquisser un mouvement de danse… Derrière les tentures du grand lit, Lella Kenza sanglotait à côté de l’enfant moribond… La toubiba s’accroupit auprès d’elle, prit le petit des mains de la vieille et l’examina.
— J’arrive trop tard, — me dit-elle en français.
— Comment le trouves-tu ? — interrogea Lella Kenza toute tremblante.
— N’aie pas peur, je vais le soigner.
— Il ne mourra pas ? Oh, que tu deviendras chère à mon cœur si tu le guéris !
— Je donne les remèdes, Allah accorde la guérison…