Sur les marchés, on se sert pour mesurer le mil, le riz, les haricots, le sel, etc., etc., d’une mesure toute spéciale que l’on désigne sous le nom de moule. Sa contenance varie suivant les pays. Ainsi, le moule bambara vaut 2 kilog. environ ; le moule malinké, en Gambie, 1 kilog. 800, et le moule toucouleur, dans le Bondou, 1 kilog. 500.

Le Fonio. — On a souvent regardé le fonio comme une variété de sorgho. Il n’en est rien. Cette confusion provient de ce que, dans certaines régions, le Fouta sénégalais par exemple, les indigènes, quand on leur demande les noms des différentes variétés de mil, désignent l’une d’elles sous ce nom. Mais il ne faut pas s’y tromper. Ce mot s’applique à deux plantes absolument différentes, une variété de petit mil toucouleur et une autre céréale qui n’a avec elle rien de commun.

Le fonio, proprement dit, n’est autre chose que le Penicellaria spicata, Wild, que les Ouolofs appellent encore dekkélé. C’est une graminée dont les proportions sont bien plus petites que celles du sorgho. Sa tige a environ trente-cinq centimètres de hauteur, cinquante au plus, à feuilles très étroites, relativement longues, et dont la forme rappelle celle d’un fer de lance très effilé. Ses graines sont très petites, de forme légèrement oblongue, très nombreuses et groupées sur une inflorescence cylindrique en forme d’épi très allongé. Elles sont plus nourrissantes que celles du sorgho et servent à préparer un aliment très apprécié des indigènes. Voici, du reste, à titre de renseignement, d’après E. Raoul, l’analyse des graines de fonio. Pour cent parties, on a : matières azotées, 10,84 ; amidon, 72,18 ; matières grasses, 3,01 ; matières minérales, 1,99 ; eau, 11,98.

La culture du fonio, très facile, ne demande pas une préparation méticuleuse du terrain. Après avoir enlevé et brûlé les herbes des champs que l’on veut ensemencer de fonio, les semis sont faits à la volée. Un léger grattage du sol à l’aide d’une pioche ad hoc suffit pour recouvrir les semences. Ce travail peu pénible est fait surtout par les femmes et les enfants. On sème cette céréale au début de la saison des pluies, après les premières tornades, vers le commencement de juillet, et la récolte se fait vers la fin de novembre.

Les grains de fonio sont petits et de couleur légèrement brune. Mais quand ils ont été décortiqués à l’aide du mortier et du pilon à couscouss et débarrassés de leurs enveloppes, ils présentent un aspect légèrement jaunâtre qui rappelle beaucoup celui de la semoule, avec laquelle le fonio a, du reste, de grands points de ressemblance.

Les indigènes préparent avec le fonio un couscouss qui jouit partout d’une grande faveur. On le fait bouillir ou cuire à la vapeur d’eau et on le mange avec de la viande ou du poisson et une sauce très relevée. Il est considéré, par les noirs, comme la plante la plus nourrissante. Il contient, en effet, une proportion relativement considérable de matières azotées, 10 84 0/0 environ. Très facile à préparer, il est, de ce fait, excessivement précieux pour l’alimentation dans les expéditions. C’est le viatique indispensable de tous les Dioulas et l’aliment que l’on emporte, de préférence, pour les longs voyages et les longues chasses dans la brousse. Il est, au préalable, bien décortiqué, bien pilé et bien séché au soleil. Le voyageur en emplit sa peau de bouc et, à l’étape, le fait cuire généralement dans une vieille boîte de conserves qu’il porte habituellement attachée à la ceinture.

Le fonio est peu utilisé pour la nourriture des animaux, des chevaux particulièrement. D’abord, il n’y en a jamais assez pour cela, et, ensuite, il est assez difficilement digéré, ses grains étant généralement mal broyés. On lui préfère de beaucoup le mil pour cet usage.

La paille, très fine, constitue un excellent fourrage dont les bestiaux sont très friands. Très hygrométrique, les Dioulas s’en servent, après l’avoir légèrement mouillée, pour emballer leurs kolas. Bien empaquetée dans des paniers ad hoc, elle conserve son humidité pendant plusieurs jours. De ce fait, les kolas ne se dessèchent pas et, pour les maintenir toujours frais, il suffit d’asperger les ballots tous les quatre jours à peu près.

Le rendement du fonio est bien plus considérable que celui du mil ou du riz. De toutes les céréales cultivées dans ces régions, c’est celle qui produit le plus. Il donne environ 5,000 kilogrammes à l’hectare. Sa valeur commerciale est à peu près de 20 francs les 100 kilog. On en trouve, du reste, fort peu sur les marchés. La récolte est consommée presque entièrement sur place.

Le Diabéré. — Le diabéré est une sorte d’aroïdée très commune dans le Tenda, le Diaka, le Ouli, le Sandougou et le Niani. Les Bambaras et les Sarracolés la nomment diabéré, les Malinkés diabéro et les Peulhs oussoudié. Elle croît, de préférence, dans les endroits humides et à l’abri des rayons du soleil. Elle aime une terre riche en humus. C’est pourquoi les lougans de diabérés sont toujours situés à l’ombre des grands arbres où la terre est plus fraîche et plus fertile du fait même du terreau que forment les feuilles en y pourrissant. Nous avons été assez heureux pour être le premier à étudier cette plante. Je passe sous silence ses caractères botaniques, que le lecteur pourra trouver en détail dans mon livre : Dans la Haute-Gambie, voyage d’exploration scientifique. Je la dédie à mon excellent maître et ami M. le professeur Heckel, en la nommant Arum Heckeli.