Sa racine est un tubercule de la grosseur du poing environ, d’un brun noirâtre et ayant un peu la forme d’un oignon légèrement allongé. Sur ce tubercule, viennent, quand la plante arrive à maturité, douze ou quinze turions environ, dont les plus volumineux atteignent tout au plus la grosseur d’un œuf. C’est la partie comestible et qui sert à la reproduction. Leur forme est celle du tubercule auquel ils adhèrent fortement. Leur couleur est aussi la même. La chair de ces turions est blanche, fortement aqueuse et compacte ; elle rappelle celle de la pomme de terre ou, plutôt, de la patate. Leur odeur est légèrement vireuse.

Les semis de diabéré se font en juin et en juillet. Il suffit, pour cela, de placer les turions dans un trou creusé dans la terre à une profondeur d’environ dix à quinze centimètres. La récolte se fait en décembre. Vers la fin d’octobre ou au commencement de novembre, les habitants du Sandougou ont l’habitude de couper les feuilles à une hauteur de dix centimètres du sol environ pour faire grossir davantage les turions.

Le diabéré est un légume qui n’est pas à dédaigner, même pour le palais délicat des Européens. Bouilli ou frit à la poêle, il constitue un aliment d’un goût agréable. Je me souviens en avoir mangé avec plaisir en ragoût avec du mouton. Les indigènes le préfèrent bouilli, et dans certaines régions, le Diaka, le Sandougou, le Tenda, par exemple, ils en font une grande consommation. Dans ce dernier pays, surtout, on en consomme beaucoup, et les habitants des pays voisins attribuent à l’abus qu’ils en font la maladie de peau et les nombreux goîtres dont sont atteints les Malinkés du Tenda.

Tigalo N’galo ou Niébé-Gherté. — Il existe dans tout le bassin de la Gambie une légumineuse qui peut être considérée comme la plante qui forme la transition entre l’arachide (Arachis hypogæa, L.) et le haricot (Phasæolus vulgaris, L.), avec lesquels elle a des caractères communs. Du reste, les indigènes lui ont donné un nom composé de ceux de ces deux plantes. Les peuplades de race mandingue la nomment : Tigalo N’galo. Arachide, en malinké, se dit tigo ou tiga, suivant les régions. N’galo est le nom d’un petit haricot très commun dans tout le Soudan. Les peuplades d’origine peulhe la nomment : Niébé-Gherté. En peulh, niébé signifie haricot, et gherté arachide.

Elle est très cultivée dans tout le Soudan, et ses graines constituent un aliment recherché des indigènes et apprécié des Européens eux-mêmes. Le port de cette légumineuse diffère de celui de l’arachide et rappellerait plutôt celui de nos haricots nains. On la sème au commencement de juin dans un terrain bien préparé, et souvent aussi en bordure autour des lougans de mil, maïs et arachides. Elle demande une humidité assez prononcée et donne, vers le commencement de novembre, un fruit sec, indéhiscent. Si on en brise la coque, il s’en échappe une graine ronde, d’une blancheur nacrée et de la grosseur d’une noisette, dont elle a un peu la forme. Cette graine est munie d’une enveloppe épaisse, dure, coriace, et qui se détache à la cuisson. De blanche qu’elle était, elle prend une couleur violacée très prononcée et qui colore fortement le bouillon dans lequel on la fait cuire. Cette enveloppe n’est pas comestible. On l’enlève dès qu’elle n’adhère plus aux cotylédons, qui sont volumineux et très savoureux. Les indigènes mangent les niébés-ghertés bouillis et, dans nos postes, on en fait de bonnes purées et d’excellents potages. Elle remplace avantageusement le haricot.

Haricots. — Les haricots (Phasæolus vulgaris, L.), que les Ouolofs désignent sous le nom de Niébés et que les Malinkés et les Bambaras appellent Soo ou Soso, sont l’objet d’une culture relativement importante. Cette plante alimentaire demande un terrain légèrement humide, relativement riche en humus et situé surtout à l’abri des rayons du soleil. Aussi, les semis en sont-ils généralement faits dans les lougans de mil et de maïs. On y procède, d’habitude, dans les premiers jours d’août, quand ces deux céréales ont atteint déjà une certaine hauteur. On pratique simplement, à l’aide d’un petit morceau de bois, des trous d’environ quatre à six centimètres de profondeur, dans lesquels on place une ou deux graines au plus, que l’on recouvre d’un peu de terre. La plante germe rapidement et la récolte se fait vers le commencement de décembre au plus tard. Il en est de deux espèces différentes qui, elles-mêmes, se divisent en un grand nombre de variétés. L’une a absolument l’aspect de nos haricots nains et l’autre affecte le port de nos haricots grimpants. Ses rameaux rampent sur le sol et s’étendent parfois au loin. Ces deux espèces donnent des fruits qui diffèrent surtout par la forme et la couleur. Il en est de ronds, d’ovoïdes, de discoïdes, de roses, de blancs, de jaunes, de gris et de mouchetés. Ces deux dernières variétés sont les meilleures, les plus recherchées et celles qui se conservent le mieux. Les autres sont presque toujours attaquées par les insectes. La récolte faite, les gousses sont mises à sécher, au soleil, sur le toit des cases, et les graines, bien nettoyées, sont conservées dans des paniers ad hoc ou dans des récipients en terre, où elles sont à l’abri de l’humidité.

Les indigènes mangent les haricots bouillis. Au Sénégal, on les mélange au couscouss et, avec différentes sortes de viandes, on en fait un plat connu sous le nom de baci-niébé et qui est apprécié même par les Européens. Ce légume, d’un goût très parfumé, pourrait remplacer avantageusement le fayol que l’on fait venir de France pour la ration des troupes. Sa valeur commerciale est environ de 12 francs les 100 kilog. Nous estimons qu’il serait profitable d’en favoriser la propagation et d’en augmenter la culture.

On trouve encore assez communément, dans le Niocolo surtout, d’énormes haricots auxquels les indigènes donnent le nom de Fanto. Ils sont donnés par une légumineuse (Phaséolée papilionacée) qui atteint des dimensions énormes. Dans les villages de culture, on la sème autour des cases, et, en peu de temps, ses rameaux ont bien vite couvert celle à laquelle ils s’attachent. Elle est, d’une façon générale, peu cultivée ; on lui préfère le petit haricot nain dont nous venons de parler. Dans tout le Soudan, il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent entre elles que par la couleur de la graine. Il en est, en effet, de violettes, de mouchetées, de rouges, de noires, de bleuâtres, de blanches, etc., etc. Cette dernière est la plus commune. Cette légumineuse donne une gousse longue d’environ douze centimètres, large de trois à cinq, légèrement rosée et excessivement dure et résistante. Sa couleur, lorsqu’elle est mûre, est d’un blanc légèrement jaunâtre. Cette gousse contient huit ou dix semences excessivement volumineuses, ayant à peu près la grosseur d’une noisette, longues d’environ deux centimètres à deux centimètres et demi, larges d’un centimètre et dont les deux faces sont légèrement bombées. Leur couleur est d’un blanc nacré éclatant. Les indigènes les mangent rarement. Ce n’est guère que dans les années de disette qu’ils y ont recours, car ces graines sont excessivement dures, coriaces. Il faut les faire bouillir pendant des journées entières, afin de les ramollir, pour qu’elles puissent être mangées. Leur goût est excessivement fade et loin d’être agréable. On ne peut guère les manger que mélangées avec du mil ou du maïs, et surtout après les avoir fortement épicées et pimentées. De plus, les indigènes les accusent de donner une maladie qui ferait tomber les dents.

Dans tout le bassin de la Gambie, nous n’avons rencontré qu’une seule variété de doliques. C’est le Dolichos Lablab, L. Le port de cette légumineuse papilionacée rappelle celui du haricot. Il n’y a guère, dans toute cette région, que les Diolas, les Coniaguiés et les Bassarés qui la cultivent, et encore sur une bien petite échelle. Sa tige et ses feuilles constituent un bon fourrage pour les animaux ; les bœufs, chèvres et moutons en sont particulièrement friands.

Patates douces. — La patate (Ipomœa Batatas, Poir.), de la famille des convolvulacées, est également très cultivée, mais surtout dans les régions humides et bien arrosées. On en fait de beaux lougans dans le Sandougou, le Niani, le Kalonkadougou et à Mac-Carthy. Elle pousse très rapidement et ses ramifications souterraines prennent, en peu de temps, un développement si considérable, qu’il est difficile d’en débarrasser le terrain où elle s’est implantée. Les indigènes la plantent de deux façons : ou bien par bouture ou bien encore par une méthode mixte, qui consiste à faire germer en terre des tubercules sur lesquels on prend ensuite des boutures que l’on pique à environ soixante centimètres les unes des autres. En peu de temps, elles émettent en tous sens des rameaux qui rampent sur le sol, où ils s’implantent par des racines adventives multiples. Au bout de deux ou trois mois, il se forme au pied de la plante des tubercules farineux qui grossissent pendant toute la saison des pluies, et que l’on récolte au début de la saison sèche, quand les feuilles commencent à jaunir. La sécheresse est préjudiciable à la patate, aussi ne la cultive-t-on que pendant l’hivernage.