Je constatai à la fesse droite une petite plaie pénétrante d’environ trois ou quatre centimètres au plus de profondeur, sur un centimètre de diamètre. Pas d’écoulement sanguin. Pas de tuméfaction, ni de rougeur, ni de chaleur. En résumé, état local aussi satisfaisant que possible.
Il était loin, par contre, d’en être de même pour l’état général. Avant d’entrer dans de plus amples détails, je ferai remarquer tout d’abord que j’examinai le malade peu de temps après qu’il eut reçu sa blessure, deux heures au plus. Je constatai : perte absolue de connaissance, paralysie et anesthésie complète des membres et de tout le corps. Le malade ne manifeste aucune douleur, même lorsqu’on explore sa blessure. Facies cadavérique ; pupille à peine sensible à la lumière. Insensibilité cutanée excessivement prononcée. Battements du cœur très rares, très espacés, très faibles. C’est à peine si, en appliquant la main sur la région cardiaque, on arrive à percevoir, à de longs intervalles, un léger frémissement. Respiration presque nulle. Mouvements thoraciques très espacés et peu étendus. La mort est fatale et imminente.
J’avais déjà essayé, pour combattre ce terrible poison, de tous les moyens thérapeutiques mis à ma disposition, et cela sans pouvoir obtenir de résultats appréciables. Littéralement à bout d’expédients, j’avais, en d’autres circonstances, déjà administré l’aconit sous forme d’alcoolature, par la bouche, aussitôt après la blessure, et à la dose de XXX gouttes, dans une potion ad hoc, et j’avais observé que la vie du malade se trouvait prolongée, mais sans avoir cependant jamais obtenu de succès. Dans le cas présent, la mort étant certaine et pouvant survenir d’un moment à l’autre, il fallait intervenir rapidement et vigoureusement. Ce fut alors que je songeai à employer la méthode hypodermique. A l’aide d’une seringue de Pravaz, je pratiquai donc aussitôt au flanc du blessé une première injection de XX gouttes d’alcoolature d’aconit. Quelques minutes après, le malade s’agita, et je constatai des battements désordonnés du cœur. En même temps, je faisais méthodiquement pratiquer la respiration artificielle. Encouragé par ce demi-succès, et sentant, au bout d’un quart d’heure environ, le cœur s’arrêter de nouveau et ses battements diminuer de nombre et de force, je pratiquai une seconde injection de XX gouttes d’alcoolature d’aconit. Cette fois, l’amélioration s’accentua ; le malade reprit connaissance vingt minutes environ après. Mais, pendant près d’une heure, le cœur battit de la façon la plus désordonnée, et notre ressuscité entra dans un violent délire. Quarante-huit heures après, tout rentra dans l’ordre, et le malade put suivre la colonne dans sa marche ; mais il était sujet à de fréquentes syncopes, qui finirent par disparaître grâce à l’administration journalière d’une potion à XXX gouttes d’alcoolature d’aconit. J’ai consigné tous ces faits dans mon rapport médical de fin de campagne. Maintenant, comment agit l’aconit ? C’est ce que je ne saurais dire. Il y a là, à n’en pas douter, un véritable succès à enregistrer. Depuis, j’ai entendu dire que, par le même procédé, notre collègue le Dr Emily, médecin de deuxième classe, avait, dans des cas analogues, constaté les mêmes phénomènes et obtenu les mêmes résultats. Comme on peut ne pas avoir toujours sous la main de l’alcoolature d’aconit, on peut indifféremment se servir d’une solution d’aconitine titrée à un milligramme par gramme, et en injecter, selon les circonstances, une, deux ou trois seringues de Pravaz. Toutefois, on ne saurait se servir de ce dernier médicament qu’avec la plus extrême prudence. »
Fève de Calabar. — La fève de Calabar est la graine du Physostigma venenosum, Balf., de la famille des Légumineuses papilionacées. C’est une plante vivace, ligneuse, grimpante, atteignant jusqu’à 12 mètres de long. Elle croît de préférence sur les bords des marigots. Relativement rare au Soudan, nous ne l’avons rencontrée que dans le Diébédougou, non loin de Mouralia, et dans le Dentilia, sur les bords du Daguiri-Kô et du Koumountourou-Kô. Ses feuilles sont larges, et ses fleurs, disposées en grappes pendantes, sont roses ou rouge pourpre. Le fruit est une gousse de couleur brun foncé, longue de 15 à 20 centimètres, et contenant environ cinq à sept semences ovales, de couleur brun chocolat, à épisperme dur, cassant, chagriné. Les cotylédons sont volumineux, durs, friables, rétractés, et laissent entre eux une sorte de cavité.
Nous avons supposé plus haut qu’elle entrerait dans l’antidote du kouna. Les indigènes ne l’emploient pas autrement dans leur thérapeutique.
J’ai entendu dire que, dans certaines de nos Rivières du Sud, les habitants s’en servaient comme poison d’épreuve.
Sénés. — Le séné que l’on trouve au Niocolo est donné par une espèce de cassia que l’on désigne sous le nom de Cassia obovata, Coll. C’est une légumineuse césalpiniée. On en trouve les trois variétés dans presque tout le Soudan. Mais c’est surtout la Platycarpa, Bisch. qui est la plus commune. Toutefois, dans le Grand-Bélédougou, notamment, et au Sénégal, dans les environs du poste de Kaaédi, nous avons reconnu l’existence de deux autres variétés, genuina et obtusata. La variété platycarpa est caractérisée par des feuilles arrondies, obtuses. Ses grappes florales égalent les feuilles, et ses gousses sont plus larges, plus incurvées que celles des deux autres variétés. La variété genuina, Bisch. diffère des deux autres en ce que ses folioles sont arrondies au sommet, rarement aiguës. Les folioles extrêmes sont obovées, et les grappes florales sont plus longues que les feuilles. Quant à la variété obtusata, Vogel, les folioles sont très obtuses au sommet. Les gousses sont en forme de faux. Les folioles sont rarement toutes tronquées au sommet. Ce végétal, à quelque variété qu’il appartienne, n’atteint jamais de grandes dimensions, 2m50 au maximum. Il est facilement reconnaissable à ses belles grappes florales, qui sont d’un beau violet, et à ses fleurs, qui sont celles qui caractérisent particulièrement les Légumineuses césalpiniées.
Les indigènes connaissent parfaitement les propriétés purgatives du séné ; ils en récoltent les folioles, les font sécher, et les administrent en infusion à la dose de 10 à 15 grammes dans environ 200 à 250 grammes d’eau. Ils s’en servent surtout dans les cas de fièvres bilieuses, affection à laquelle ils sont fréquemment sujets, surtout dans le sud de nos possessions soudaniennes. On trouve le séné sur tous les marchés du Sénégal et du Soudan.
Le Canéficier (Cathartocarpus Fistula, Pers., Cassia Fistula, L.) est beaucoup moins connu que certains auteurs ont bien voulu l’écrire. Nous n’en avons, au Soudan, trouvé que de fort rares échantillons. C’est un beau végétal, dont le fruit est connu sous le nom de casse. Ce fruit est une gousse siliquiforme, indéhiscente, longue de 15 à 50 centimètres, épaisse de 2 à 3 centimètres, noire, lisse, pourvue de deux sutures longitudinales assez larges et marquées de sillons annulaires peu apparents, qui correspondent à autant de cloisons transversales.
Les loges déterminées par ces fausses cloisons renferment chacune une graine, arrondie, lisse et rousse, qu’entoure une pulpe légèrement aigrelette, noirâtre et sucrée. Cette pulpe est la substance active. Elle est laxative. La casse d’Afrique est de moins bonne qualité que celle d’Amérique, et peu connue dans le commerce.