Le doundaké fleurit, suivant les régions, en mai, juin ou juillet, et le fruit est mûr en octobre ou en novembre. Ce fruit a le goût et l’odeur de la pomme.

Les propriétés toxiques et fébrifuges du doundaké sont connues des indigènes des pays où il croît. Ainsi, Féris rapporte que les Peulhs du Fouta-Djallon utilisent ses propriétés toxiques pour empoisonner les flèches dont ils se servent pour chasser les petits animaux, et que les indigènes du Rio-Nuñez, où il est excessivement abondant, emploient son écorce en décoction (30 grammes d’écorce environ pour 1,000 grammes d’eau) pour combattre le paludisme. M. l’aide-pharmacien Combemale a remarqué enfin qu’à Dakar et à Hann, les noirs en faisaient des macérations qu’ils administraient contre les coliques. Nous-même, enfin, avons pu constater que les Mandingues du sud de la Gambie l’utilisaient également sous forme de macération et de tisane pour combattre toutes les fièvres de quelque nature qu’elles soient. Je me souviendrai toujours de l’extrême amertume d’une macération de doundaké que m’administra à Nétéboulou un vieux forgeron, grand expert, disaient ses compatriotes, pour ces sortes de maladies, lorsque je fus atteint, dans cet hospitalier village, d’accès journaliers de fièvre intermittente consécutifs à la fièvre rémittente bilieuse grave qui y mit mes jours en danger.

Il résulte de ce qui précède que l’écorce du doundaké est la partie réellement active de ce végétal, et que les indigènes l’emploient couramment à l’exclusion de ses autres éléments botaniques.

Corre est, à proprement parler, le premier qui, dans sa Flore de Rio-Nuñez, ait attiré l’attention du monde savant sur cet arbre et en ait fait connaître les propriétés fébrifuges.

Après lui, les différents médecins de la marine appelés à servir dans les régions où on le rencontre en parlèrent fréquemment dans leurs rapports. Mais, en réalité, ce furent Féris, médecin-professeur du corps de santé de la marine, aujourd’hui décédé ; Bochefontaine et Marcus qui l’étudièrent et l’expérimentèrent méthodiquement. De l’intéressant mémoire qu’ils publièrent à ce sujet et présentèrent à l’Académie de médecine, il résulte que la partie la plus active du doundaké serait bien l’écorce et qu’elle doit ses propriétés fébrifuges à un alcaloïde spécial qu’ils appelèrent la doundakine. Heckel et Schlagdenhauffen reprirent peu après cette étude et démontrèrent de la façon la plus évidente et la plus scientifique que cet alcaloïde n’existait pas, et que le doundaké ne devait son action qu’à la matière colorante spéciale que renferme son écorce. Voici, du reste, les conclusions de leur remarquable travail :

« 1o La doundakine en tant qu’alcaloïde cristallisable n’existe pas ; mais on peut conserver ce nom si l’on veut à la matière colorante qui lui donne son action physiologique.

2o L’amertume des écorces de doundaké, tant de Boké que de Sierra-Leone, est due à deux principes colorants, azotés, de nature résinoïde, diversement solubles dans l’eau et dans l’alcool.

3o Les écorces contiennent, en outre, un autre principe sans saveur, insoluble dans l’eau, mais soluble dans la potasse caustique, de la glucose et des traces de tannin. »

Il existe deux variétés de doundaké que l’on a désignées sous les noms de Doundaké de Boké et de Doundaké de Sierra-Leone d’où elles sont originaires. Ces écorces diffèrent entre elles à la fois par leurs caractères macroscopiques et par leur composition chimique. Leur action est la même et, à ce point de vue, elles ne se distinguent l’une de l’autre que par une différence de degré, l’écorce de Sierra-Leone étant la plus puissante. On les falsifie souvent avec l’écorce du Morinda citrifolia, L., Rubiacées.

Il résulte des expériences de Féris, Heckel, Bochefontaine, et des observations de Besson, Vigné, Sambuc, Combemale, etc., etc., que le doundaké peut être employé contre l’anémie et la cachexie palustres, la paralysie agitante. Il est fébrifuge et antipériodique, mais à un degré moindre que le quinquina. Sous ce rapport, il n’occupe que le deuxième rang, et malgré cela il est précieux dans son pays d’origine où les cinchonées sont inconnues.