Le Fromager (Bombax Ceiba, L.), Malvacées, donne aussi une gomme-résine qui sert parfois à frauder la gomme arabique. On retire également du Caïlcédrat (Khaya Senegalensis, G. et Per.), Cédrélacées, une matière gomme-résineuse qui n’a pas encore été utilisée.
Hammout. — Il existe dans tout le bassin de la Gambie, mais particulièrement dans la région sud du Bondou et dans le pays de Gamon, un végétal qui laisse exsuder une résine dont l’odeur rappelle celle de l’encens. Ce végétal, d’après Heckel, appartiendrait au genre Balsamodendron (Burséracées) et serait voisin du Balsamodendron africanum, Arn. Sa hauteur dépasse rarement 3 mètres et il croît, de préférence, dans les terrains pauvres. Le diamètre de son tronc est d’environ 20 à 25 centimètres au maximum. Bien qu’on trouve le hammout un peu partout au Soudan français, il est cependant relativement rare. Les individus vivent fort éloignés les uns des autres et c’est surtout dans le Ferlo-Baliniama qu’il est le plus commun. On en trouve également en notable quantité dans cette partie déserte qui se trouve aux environs de Koussan-Almany (Bondou), entre Kéniémalé, Kouddy, Hodioliré et le marigot d’Auguidiouol, entre Koukoudak et Kounamba, dans le Tiali.
Cette résine s’extrait, annuellement, du commencement de décembre à la fin d’avril. C’est, paraît-il, l’époque pendant laquelle elle est le plus abondante, et où le rendement est le plus avantageux et la qualité meilleure. De plus, comme en cette saison les indigènes ne sont pas retenus chez eux par les travaux des champs, ils peuvent se livrer plus facilement à cette récolte, qui est pour eux la source de quelques profits.
Pour l’extraire, les indigènes pratiquent sur le tronc de la plante, jusqu’aux maîtresses branches, des incisions en nombre variable, huit ou dix au plus. Ces entailles intéressent l’écorce dans toute son épaisseur. La résine qui en découle est peu abondante, et il faut attendre six à huit jours avant d’en avoir une petite boule de la grosseur d’une noisette. On procède alors à la récolte. A l’air libre, la résine durcit par le froid et elle prend une consistance telle que, pour la détacher, il faut se servir d’une tige de fer, spécialement fabriquée pour cela, ou bien de petites hachettes dont les indigènes usent pour défricher leurs lougans. La liqueur qui vient sourdre à l’incision est généralement blanche et limpide, mais, en se coagulant, elle prend une couleur opaline légèrement teintée en jaune.
En enlevant la petite boule de hammout qui s’est ainsi formée, les noirs ont l’habitude de détacher toujours en même temps la partie de l’écorce du végétal à laquelle elle adhère d’ordinaire si fortement. Revenus au village, ils mettent le produit de la récolte à chauffer au soleil pendant quelques jours pour le ramollir et afin de le débarrasser de la plus grande partie des détritus végétaux qu’il renferme. Quand il s’est refroidi et durci, il est pilé, de nouveau ramolli à la chaleur solaire, et pétri en forme de boules qui sont renfermées dans des coques de fruits de Cantacoula, comme je l’ai dit plus haut en parlant de ce dernier végétal.
La résine durcit alors à la fraîcheur ; elle adhère fortement aux parois du récipient qui la contient, et, pour l’en retirer, il faut se servir de la pointe d’un solide couteau. Cette résine se présente alors sous l’aspect d’une masse noirâtre, au milieu de laquelle se distinguent aisément les fragments d’écorce qui n’ont pu être enlevés. Son odeur est légèrement térébenthinée et sa saveur très aromatique. C’est sous cette forme que l’on trouve le hammout sur les marchés du Soudan.
Il ne faut pas confondre le hammout avec le Tiéoué, qui est une autre variété d’encens que les Dioulas du Fouta-Djallon, où on le récolte surtout, apportent annuellement dans nos comptoirs et sur nos marchés de Bakel, Kayes et Médine. Cet encens est, d’après les indigènes, de qualité absolument inférieure. Il est généralement présenté sur les marchés sous forme de grosses boules grisâtres, à cassure terne et citreuse, non transparentes, se ramollissant sous la dent, et contenant une notable quantité d’écorce. Leur odeur est moins térébenthinée que celle du hammout, et sa saveur est également aromatique. Le végétal d’où il s’extrait habite surtout le Fouta-Djallon. On le trouve également dans cette partie du Bondou qui confine au Tenda et au pays de Badon. Les noirs ne lui attribuent qu’à un faible degré les propriétés bienfaisantes du hammout.
Le hammout est l’objet au Soudan d’un petit commerce qui est assez actif sur les marchés de Kayes, Bakel et Médine. Les traitants de ces comptoirs accaparent presque tout ce qui est apporté et le revendent soit à Saint-Louis aux Ouolofs, soit aux habitants du Khasso, du Logo, du Natiaga, du Kaarta et du Guidimakha. Mais de tous, ce sont les Ouolofs et les Khassonkés qui en sont les plus avides. Les femmes ouoloves de Saint-Louis le font brûler sur des charbons ardents, dans des espèces de petits fourneaux fabriqués ad hoc. Le hammout ainsi brûlé produit une fumée blanchâtre et dont l’odeur se rapproche un peu de celle de l’encens. Les indigènes s’en servent pour parfumer leurs cases. En outre, ils lui attribuent de puissantes vertus curatives. D’après eux, en effet, le hammout serait, pour ainsi dire, une panacée universelle. Sa fumée serait très saine pour la santé. Elle chasserait les miasmes nuisibles, ferait disparaître les maux de tête, guérirait les bronchites et les rhumes de cerveau, et développerait surtout l’intelligence, etc., etc.
Le prix du hammout varie suivant les époques et les régions. Avant la récolte, une boule de moyenne grosseur se vend, à Kayes, de 2 à 3 francs ; mais quand les arrivages commencent à se faire plus nombreux, le prix baisse rapidement. Ainsi, à Bakel, par exemple, il n’est pas rare, à ce moment, de trouver jusqu’à soixante boules pour une pièce de guinée, soit 10 à 12 francs environ.
A Saint-Louis, le hammout se vend couramment de 1 fr. 50 à 2 francs la boule. Dans le Guidimakha, trois boules coûtent environ 2 fr. 50 en mil, et dans le Khasso, à Kouniakary, par exemple, trois boules se vendent environ 5 francs en mil ou en étoffes.