Fig. 133.—Autre médaille frappée à la naissance du duc de Bordeaux.
Enfin, nos généreux missionnaires, à l’exemple de saint François Xavier, placent leurs travaux sous la protection de l’ange vainqueur du paganisme; ils propagent son culte en Afrique, en Asie, en Amérique, en Océanie; partout ils dressent des autels en son honneur, dans les remparts d’Alger comme sur les montagnes du Nouveau-Monde; partout ils l’appellent à leur secours dans les circonstances difficiles: En ce moment, écrivait au mois de septembre 1868 un missionnaire des îles Gambier, «nous faisons une neuvaine à saint Michel, le glorieux protecteur de nos missions, pour demander la cessation du fléau,» qui désole le pays.
Aujourd’hui comme autrefois, le triomphe de l’Archange et le développement de son culte semblent attachés, en partie du moins, à la destinée du mont Tombe; aussi l’aurore de la résurrection fut saluée avec bonheur et l’année 1865 vit s’ouvrir de nouveau l’ère des grands pèlerinages. Comme au temps d’Aubert, Avranches donna l’exemple; les trois paroisses de la ville arrivèrent au Mont le 17 mai: «cette procession, dit un historien, eut un cachet particulier: elle fut une réparation éclatante des profanations impies de la fin du dernier siècle, en reportant quelques-unes des saintes reliques que des mains fidèles étaient parvenues à soustraire au pillage de la Terreur.»
L’année suivante, le souverain pontife accorda pour dix ans une indulgence plénière annuelle à tous ceux qui visiteraient le sanctuaire de l’Archange et rempliraient les conditions accoutumées. La bénédiction de Pie IX porta ses fruits; des pèlerins nombreux accoururent de tous les points de la France. La fête du Iᵉʳ août réunit dans la basilique un archevêque, trois évêques, l’abbé de Bricquebec, plusieurs prêtres et un grand concours de fidèles.
Le 24 septembre 1867, monseigneur Bravard, accompagné de l’évêque préconisé de Gap, «d’une centaine de prêtres et de trois cents autres pèlerins,» venait déposer dans le trésor de l’Église les reliques et les souvenirs que Pie IX avait accordés au sanctuaire de l’Archange. Le 16 octobre de la même année, l’anniversaire de la dédicace fut célébré avec une pompe exceptionnelle. Au défilé de la procession, huit petits orphelins, en soutane et en barrettes blanches, ouvraient la marche; venaient ensuite cent cinquante prêtres, le R. P. abbé de la Trappe, l’évêque préconisé de Gap, l’évêque de Coutances en habits pontificaux, les évêques de Bayeux, d’Évreux et d’Orléans; l’archevêque de Rouen précédé de la croix métropolitaine et revêtu de ses insignes fermait la marche. Son Éminence, le cardinal de Bonnechose, monseigneur Dupanloup et monseigneur Bravard prirent la parole en ce beau jour et rappelèrent à la foule attentive l’origine, les péripéties et la restauration du Mont-Saint-Michel.
La campagne de 1870 fut comme le dernier signal du réveil. L’évêque de Coutances et Avranches s’engagea par un vœu solennel à élever un monument à la gloire de l’Archange, si son diocèse était préservé de l’invasion prussienne; l’ennemi vint sur les limites de la Manche, mais il n’y pénétra pas. Fidèle à sa promesse, monseigneur Bravard fit élever dans son église cathédrale une statue de saint Michel terrassant le dragon. Depuis cette époque les grands pèlerinages n’ont été interrompus que pendant les mois d’hiver. Dans le cours de l’année 1873, trois fois la ville de Laval a envoyé «un essaim nombreux de fidèles à la sainte basilique. Ils étaient plus de sept cents au premier départ, la poitrine ornée de la croix de Pie IX, et du coquillage traditionnel. Douze détonations annonçaient leur entrée dans l’enceinte des remparts.» Versailles, Vitré, Dol, Paris, Rouen et plusieurs autres villes de France eurent aussi leur manifestation solennelle. Dans la seule journée du 18 septembre, plus de quatre mille pèlerins remplirent les nefs de l’église. Le samedi 20 septembre 1873 fut le jour des zouaves pontificaux. Ils vinrent en grand nombre avec leur brave général, le baron de Charette, retremper sur l’autel de l’Archange l’épée qu’ils avaient si vaillamment portée pour la cause de l’Église et de la France. Des contrées éloignées ont envoyé de pieuses caravanes au Mont-Saint-Michel; les pèlerins de Niort et de Poitiers y sont venus sous la conduite du R. P. Briant; l’Angleterre, l’Italie et d’autres nations voisines ont été représentées dans la basilique du mont Tombe.
Grâce à la générosité de ces pieux visiteurs, la chapelle du pèlerinage, qui occupe le transept nord, a été pavoisée de bannières et d’oriflammes aux couleurs variées. Le sanctuaire, la chapelle de Notre-Dame-des-Anges, et la crypte des Gros-Piliers ont été enrichis d’ornements précieux; des lampes brûlent jour et nuit devant l’autel de la Vierge et la statue de l’Archange; des épées et des croix d’honneur sont suspendues en ex-voto aux murs de l’église. Un autel couvert de lames d’argent et de pierres précieuses occupe le fond du sanctuaire où des pèlerins viennent s’agenouiller chaque jour. Le trésor placé dans une chapelle du rond-point reçoit tous les ans de nouvelles reliques, et bientôt, il faut l’espérer, les derniers vestiges de la catastrophe auront disparu.