Fig. 141.—Saint Michel remet dans le fourreau l’épée de la justice divine en présence du mystère de l’Incarnation, que l’ange Gabriel annonce à Marie, mère de Dieu. Fresque de l’église N.-D. de Lorette, à Paris, peinte par Orsel. Dix-neuvième siècle.

CONCLUSION

SQUISSER à longs traits l’histoire de saint Michel, en évitant les détails trop fastidieux; montrer l’influence religieuse et sociale de l’Archange au sein des sociétés chrétiennes, sur les princes, les évêques, les prêtres et les moines, sur les guerriers, les magistrats, les savants, les artistes et les hommes du peuple; citer à l’appui de chaque assertion des faits empruntés le plus souvent au Mont-Saint-Michel, où le chef des milices célestes a, pour ainsi dire, élu domicile; faire ressortir les principaux caractères du culte de l’Archange au moment où il apparaît chez les différentes nations; en suivre le développement, la décadence, les phases diverses; voilà le but que s’est proposé l’auteur de ce modeste travail. Comme on a pu le remarquer, le nom de saint Michel a été populaire à plusieurs titres; dans l’antiquité, au moyen âge, dans les temps modernes, cet ange mystérieux, que Daniel appelait le «prince» de la nation élue, a toujours été nommé le protecteur de la Synagogue et de l’Église, le vainqueur du paganisme et de l’hérésie, le gardien des sépultures, le conducteur et le peseur des âmes, notre auxiliaire dans la tentation, le défenseur des monastères, des écoles et des asiles ouverts au repentir, le prince de l’air, le modèle de la chevalerie, et le bras de la France, le patron spécial de plusieurs confréries ou corporations ouvrières et marchandes, de telle église, de telle cité, particulièrement des places fortes, et, parfois, l’ange justicier, l’ange médecin. Cependant, si nous voulons y réfléchir, il est facile de voir que ces aspects divers d’un même culte se ramènent à un seul et unique fondement: saint Michel, l’ange des bons combats, est l’heureux contradicteur de Satan, le prince des ténèbres, l’ennemi juré de Dieu et des hommes; le nom seul de l’Archange est une belle et grande leçon de métaphysique et de morale: «Qui est semblable à Dieu!»

Un autre fait non moins important a été mis en évidence. Tous les peuples qui ont connu saint Michel l’ont honoré d’un culte spécial; l’Église grecque et l’Église latine, les chrétiens d’Orient et ceux d’Occident, les empereurs de Byzance et de Moscou, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne et la France ont rivalisé de zèle pour élever des autels et bâtir des temples sous le vocable du prince de la milice céleste; mais, depuis les premières années du huitième siècle, le Mont-Saint-Michel au péril de la mer a été le foyer de cette dévotion universelle et le centre de ce mouvement imprimé au monde catholique. La France surtout, dans les jours de détresse et au moment du triomphe, a constamment fixé les yeux sur cette montagne, d’où semblait lui venir le secours du ciel, et vers laquelle devaient monter ses hymnes d’action de grâces.

A l’heure actuelle, une grave question se présente d’elle-même à l’esprit: le culte de saint Michel pourra-t-il jamais recouvrer son ancienne splendeur? De l’aveu de tout le monde, le nom de l’Archange est moins populaire depuis plusieurs siècles au sein de l’Église, et une décadence sensible s’est fait remarquer dans son culte, même après nos dernières manifestations religieuses. Il ne faut pas s’en étonner. La foi s’est affaiblie, la croyance au démon sapée dans sa base par le rationalisme moderne est chancelante dans les âmes; on ne croit plus guère à Satan, à ses pièges, à son enfer, et partant, on n’éprouve plus la nécessité de recourir à son céleste vainqueur. Ce nom, d’ailleurs, est désormais trop vulgaire pour nos oreilles délicates; ces grandes balances sont bien terribles pour un siècle devenu vieux, triste et sceptique, ayant surtout besoin de miséricorde et ne se trouvant pas à l’aise sous la garde d’un ange justicier, défenseur et vengeur des droits de Dieu. Les hommes n’ont plus de goût que pour les plaisirs, et rarement leurs pensées se portent vers les joies de la vie future; ils sont rongés par la plaie hideuse de l’indifférence, et pour eux tout ce qui dépasse les limites de la matière est incertain ou de peu

LE JUGEMENT D’UNE AME