Miniature d’un Livre d’heures ms. du XVᵉ. siècle Bibl. de M. Ambr. F. Didot
d’importance. A cette société, à ces hommes, ne parlez pas d’un pur esprit, protecteur du peuple élu, soldat de la vérité, conducteur et peseur des âmes; ils ne vous comprendront pas, ou, s’ils vous écoutent à cause de leur attrait pour la nouveauté, ils retomberont bientôt dans leur molle et froide apathie; à ces hommes incapables du dévouement chevaleresque des anciens preux, ne proposez pas comme modèle l’ange des batailles, le défenseur du faible et de l’opprimé. Il ne faut pas non plus espérer qu’ils puissent se réunir par milliers, parcourir à pied sur la neige des provinces entières, aller de porte en porte mendier leur pain de chaque jour et se rendre au mont Tombe couverts du sombre habit des pénitents. Nos mœurs ne s’opposent pas moins à ces pèlerinages, où l’on voyait les confrères de différentes associations franchir de longues distances, le bourdon à la main, arriver au Mont-Saint-Michel musique en tête et chercher des délassements à leur fatigue dans des jeux innocents.
Devons-nous conclure que le culte de saint Michel n’est plus en rapport avec les exigences de notre temps? Loin de nous cette pensée. Plus que jamais, au contraire, les âmes généreuses, les esprits décidés à la lutte doivent étudier, invoquer, imiter ce glorieux et puissant Archange, qui continue et continuera jusqu’à la fin des siècles à combattre le génie du mal et le porte-drapeau de la révolution. Du reste, la grande cérémonie du 3 juillet 1877 nous permet d’entrevoir une résurrection dont le jour n’est peut-être pas très éloigné. Pour hâter ce nouveau triomphe et placer notre cause entre les mains de l’ange conducteur et peseur des âmes, levons les yeux vers le ciel et disons avec Sophronius: «O vous, prince et ministre trois fois saint de la milice sacrée, Michel, coryphée des anges, très digne de tout culte, de toute louange, de toute vénération, faites pénétrer dans mon âme l’éclat de votre lumière; affermissez mon cœur agité au milieu des flots de cette vie; arrachez mon esprit au goût des choses d’ici-bas, élevez-le jusqu’à la contemplation de la sagesse céleste; soutenez mes pieds débiles afin que je ne quitte point la voie qui conduit au ciel; mes actions exhalent une odeur de mort et ne respirent que la corruption, versez sur elles un baume salutaire. Je vous invoque de nouveau, je vous invoque par votre nom, ô vous, Michel; je vous en conjure par mes supplications les plus ardentes, quand j’aurai atteint le terme de ma carrière, montrez-vous à moi joyeux et rayonnant de paix; arrachez-moi à l’enfer, à ses étroits et obscurs cachots, et placez-moi dans les tabernacles éternels.»
P.-M. Brin.
Fig. 142.—Saint Michel peseur des âmes. D’après une miniature du Psautier de saint Louis, ms. du treizième siècle.
Bibl. de l’Arsenal.