A l’extrémité de la salle de l’Aumônerie, vers l’ouest, une ouverture la fait communiquer à niveau avec le cellier. Cette baie à double feuillure présente une disposition particulière permettant de la clore par deux vantaux superposés, qui, vers l’aumônerie, étaient maintenus fortement fermés chacun par une traverse, engagée d’un côté dans une mortaise pratiquée sur un des pieds-droits, et de l’autre dans la muraille où, au moment de l’ouverture des vantaux, elle était logée, de toute la largeur de la porte, dans une ouverture carrée pratiquée à cet effet.

A droite de la double porte se trouve l’entrée de l’escalier ménagé dans l’épaisseur du contrefort, au point de jonction des deux bâtiments est et ouest. Cet escalier monte à la salle des Chevaliers, au dortoir, et aboutit au crénelage du nord au-dessus du dortoir.

IV
CELLIER

e cellier est formé de trois nefs dont les voûtes d’arêtes, ogivales et très aiguës dans les deux nefs latérales, reposent sur des piles carrées supportant les colonnes de la salle des Chevaliers au-dessus. Il est éclairé par cinq étroites fenêtres en ogive percées entre les contreforts. Vers l’ouest, une grande porte s’ouvre sur les terrasses et jardins en contre-bas, et devait établir la communication entre le cellier et la salle bâtie, et détruite ou simplement amorcée par Richard Tustin dans la seconde moitié du treizième siècle.

A droite de la porte, un escalier pratiqué dans l’épaisseur du mur conduit à la salle des Chevaliers au-dessus.

S’il fallait en croire les légendes, le cellier aurait été l’écurie des chevaliers de Saint-Michel. Il est certain qu’il existait au douzième siècle des écuries au pied du Mont, «ad Montis radicem»; mais les bâtiments qui les contenaient ayant été brûlés en 1203 et remplacés vers cette époque par les constructions de la Merveille, les écuries furent reportées alors dans les fanils ou magasins de l’abbaye, au pied de la montagne au sud-ouest. Les nouvelles constructions de Jourdain étaient inaccessibles aux chevaux et, d’ailleurs, ces salles, et le cellier principalement, très convenablement disposées pour leurs destinations et très fraîches pour la conservation des provisions de l’abbaye, eussent été mortelles pour les chevaux. Il faut remarquer que l’ordre de Saint-Michel fut fondé par Louis XI en 1469, et qu’à cette époque la Merveille et les bâtiments formant l’entrée de l’abbaye,—comprenant Belle-Chaise, élevée par Richard Tustin, au treizième siècle, et le châtelet, bâti par Pierre Le Roy, dans les premières années du quinzième siècle,—étaient construits déjà, tels qu’ils existent encore, avec leurs nombreux et raides escaliers. Alors, comme aujourd’hui, il était impossible de faire monter les chevaux par ces escaliers, et surtout de les faire descendre par le même chemin.

Dans la deuxième travée, vers l’ouest et sous une des fenêtres, il a été ménagé une porte basse, qui s’ouvrait sur un pont-levis établi entre deux contreforts et dont on voit encore l’arc qui le soutenait lorsqu’il était baissé. Ce pont-levis, disposé en saillie sur la face du mur, de façon à échapper le talus de la base, servait à monter, au moyen d’une roue placée à l’intérieur du cellier, l’eau provenant de la fontaine Saint-Aubert, au bas du rocher, et qu’on emmagasinait dans le cellier pour les besoins de l’abbaye.

Le cellier a été appelé Montgommerie ou Montgommery, depuis la tentative infructueuse faite par ce partisan, en 1591, pour s’emparer par surprise du Mont-Saint-Michel.

Nous trouvons dans un des manuscrits de dom Jean Huynes de curieux détails sur les tentatives faites par les Huguenots, pendant les guerres de la Ligue, pour s’emparer de l’abbaye. Un des épisodes les plus intéressants de ces faits de guerre, dont les détails concernent particulièrement le cellier, a été reproduit dans la deuxième partie de ce volume, p. 325 à 327.