V
RÉFECTOIRE
e réfectoire, commencé par Jourdain et achevé par son successeur Raoul des Isles, vers 1215, est sans contredit la plus belle salle de la Merveille. Il se compose d’une double nef dont les voûtes formées par des arcs-doubleaux, des arcs-ogives ornés à leur jonction d’une rosette sculptée, retombent sur une épine de colonnes fondées sur celles de l’aumônerie.
Les proportions de cette salle sont des plus heureuses et, en raison de la simplicité des détails de l’architecture, l’effet général est très grand.
La figure 57 représente le réfectoire supposé restauré; elle en donne une idée exacte par la vue perspective qui complète les détails techniques du plan et de la coupe.
Le réfectoire est éclairé par neuf grandes fenêtres: six au nord, deux à l’est et une au sud, vers la tour des Corbins; contenues dans les arcades formées par les piles latérales des nefs, les arcs et les dosserets des voûtes, elles s’élèvent dans toute la hauteur du vaisseau, et sont divisées par un meneau supportant un linteau intermédiaire; elles sont munies d’un banc en pierre à leurs bases.
Dans la partie latérale nord, au-dessous d’une des fenêtres, dont le glacis inférieur est plus relevé que les autres au-dessus du sol, des latrines sont établies très ingénieusement ainsi que les deux entrées, discrètes, pratiquées obliquement dans l’épaisseur des murs.
La coupe ([fig. 52]) montre la structure des latrines, leur couverture en dalles, dont on retrouve les amorces parfaitement visibles sur les faces latérales des contreforts, entre lesquelles les latrines ont été établies. Elle fait voir également, au-dessus de cette couverture, l’arrangement de la fenêtre que l’on a prise pour la chaire du lecteur, suivant les appréciations des auteurs de nos jours, dont l’opinion n’est pas admissible après qu’on a examiné sérieusement les détails de la construction.
A l’extrémité du réfectoire, vers l’ouest, sur le mur qui le sépare de la salle contiguë des Chevaliers, se trouve une gigantesque cheminée à deux foyers, dont les souches couronnent le pignon ouest du dortoir. Une autre cheminée, dont on voit encore les vestiges, avait été faite sur le côté sud, probablement au point où se tenaient l’abbé ou les hôtes de distinction. Il n’existe pas, comme dans un grand nombre de réfectoires du même temps, de chaire bâtie en pierre; elle devait être en bois et elle a été détruite, comme tout le mobilier ancien de l’abbaye.
Les degrés qui partent de l’entrée du réfectoire montent au dortoir, au cloître et à l’église, et ont été construits, vers 1650, par l’agent du prince Henry de Lorraine, Pierre Beraud, sieur de Brouhé, «faisant pour cet effect percer une voûte». Avant cette époque, on accédait de l’église, du cloître et du dortoir au réfectoire, par deux voies détournées: l’une par l’église haute où l’escalier, ménagé dans un des contreforts au sud du chœur, arrive à l’église basse dont la porte latérale nord s’ouvre en face de l’entrée du réfectoire; l’autre par le degré descendant du passage, près de la porte latérale nord de la nef, au promenoir où, après l’avoir traversé, on trouve à droite un autre passage, longeant la salle des Chevaliers et aboutissant à l’entrée du réfectoire.