VI
SALLE DES CHEVALIERS
a salle dite des Chevaliers fut commencée vers 1215 par Raoul des Isles, mort en 1218. Thomas des Chambres, qui lui succéda, la termina vers 1220. Elle ne prit le nom de salle des Chevaliers qu’après l’institution de l’Ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI en 1469; c’était auparavant la salle des assemblées générales ou celle du chapitre de l’abbaye. Selon M. Viollet-le-Duc, cette salle était probablement, au treizième siècle, le dortoir de la garnison.
Quoi qu’il en soit, les dispositions générales de la salle des Chevaliers indiquent qu’elle était destinée à des réunions nombreuses. Ce qui le prouve, ce sont, indépendamment de ses vastes proportions, les trois latrines établies spécialement et uniquement pour le service de cette salle; deux sont placées au nord, en dehors, entre les contreforts reliés par des arcs. Elles sont précédées chacune d’un petit retrait, communiquant avec la salle, éclairé par deux rangs de fines arcatures trilobées.
Une troisième latrine, qui n’est autre que celle des anciens bâtiments abbatiaux du onzième siècle et qui a été utilisée par les constructeurs du treizième siècle, se trouve dans l’angle sud-ouest. On y accède par une petite porte en pan coupé et un passage ménagé dans l’épaisseur du mur ouest.
La salle des Chevaliers est formée de quatre nefs d’inégales largeurs; les deux premières rangées de colonnes, vers le nord, reposent sur les piles du cellier; la troisième rangée est fondée sur le rocher. Les voûtes, composées d’arcs-doubleaux, d’arcs-ogives, ornés à leur point de rencontre d’une clé sculptée, retombent sur des colonnes à bases octogonales très finement taillées; les chapiteaux, très richement et très vigoureusement sculptés, sont surmontés, comme ceux du réfectoire, de tailloirs circulaires à profils hauts profondément refouillés, qui ont tous les caractères particuliers des édifices normands du treizième siècle.
Deux grandes cheminées existent sur le mur de face nord; leurs larges manteaux pyramidaux montent jusqu’à la voûte où leurs sommets sont très heureusement mariés avec elle. Les conduits de ces cheminées s’élèvent au dehors, sur une série d’encorbellements ingénieusement combinés avec les contreforts dont ils surmontent les amortissements, et leurs souches couronnent le mur latéral nord du cloître.
La salle est éclairée, au nord, par des fenêtres de formes différentes, et à l’ouest par une grande baie, actuellement vitrée en partie, qui devait communiquer avec les constructions élevées, ou seulement commencées, par Richard Tustin vers 1260, et maintenant détruites. A l’est, une petite porte donne accès à l’escalier partant de l’aumônerie et aboutissant au dortoir et au crénelage nord. Sur le bas-côté sud, joignant les substructions romanes du transsept nord, un passage latéral, élevé de deux mètres au-dessus du sol de la salle, fait communiquer le réfectoire avec les autres parties de l’abbaye, notamment avec l’église, le promenoir ou ancien cloître et les souterrains à l’ouest. Un degré, aujourd’hui détruit, permettait de descendre directement du promenoir dans la salle.
Dans l’angle intérieur nord-ouest, à côté de l’escalier descendant au cellier, se trouve l’entrée du chartrier, bâti sur l’angle extérieur nord-ouest de la Merveille.
Le chartrier se compose de trois petites salles superposées, dont la première seule est voûtée; une vis de Saint-Gilles les fait communiquer intérieurement entre elles et le deuxième étage aboutit à la galerie ouest du cloître.