IV
CHATELET

ans les premières années du quinzième siècle, Pierre Le Roy construisit le châtelet et la courtine, reliant cet ouvrage à la Merveille par la tour des Corbins: «Et depuis cette tour (tour des Corbins) jusques à Belle-Chaise fit bastir la muraille qu’on y voit. Auprès d’icelle il fit faire le dongeon au-dessus des degrez en entrant dans le corps-de-garde[31].» Il construisit également la barbacane, formant l’avancée du châtelet et de la porte de l’abbaye, ainsi que le grand degré au nord et l’escalier au sud.

Le châtelet (dongeon) fut élevé en avant de la face extérieure nord de Belle-Chaise, sur laquelle il s’appuie sans liaison, laissant entre celle-ci et sa face sud un espace vide, large mâchicoulis protégeant la porte nord, devenue la seconde porte intérieure depuis la construction du châtelet. Il se compose d’un bâtiment carré, flanqué, aux angles de la face nord, par deux tourelles encorbellées reposant sur des contreforts, et qui semblent être, par leurs formes générales, deux immenses bombardes dressées sur leurs culasses. Entre les piédestaux de ces tourelles s’ouvre la porte,—où monte l’escalier conduisant à la salle des Gardes,—qui était défendue par une herse[32] manœuvrée de l’intérieur au premier étage du châtelet et par trois mâchicoulis disposés entre les sommets des tourelles sous leur crénelage supérieur.

Le châtelet contient d’abord, au-dessus de la voûte rampante de l’escalier, un réduit ménagé entre cette voûte et le plancher de la première chambre (à niveau de la cour de la Merveille) pour le service de la meurtrière percée au-dessus de la porte, puis trois étages de chambres éclairées à l’est et au nord par d’étroites fenêtres; l’unique chambre de chaque étage communiquant avec les tourelles servant de guettes est munie d’une cheminée dont la haute souche s’élève au-dessus du comble. Un escalier, en saillie sur la cour de la Merveille, dessert les deux derniers étages (le premier étant au niveau de la cour de la Merveille et de la salle des Gardes) et se termine au crénelage supérieur, couronnant le châtelet, relié à la Merveille par la courtine, également crénelée, qui aboutit à la tour des Corbins.

La muraille ou courtine, reliant la Merveille au châtelet et bâtie en même temps que ce dernier, présente intérieurement sur la cour de la Merveille les amorces d’un bâtiment projeté, dont la porte et la poterne seules, sur la face nord de Belle-Chaise, donnant sur la cour de la Merveille dont elles devaient former l’entrée, ont été terminées. Cette construction n’a pas été continuée, ainsi que le prouve l’état des formerets de la partie inférieure, qui devait être voûtée.

Le châtelet et la courtine sont admirablement construits en granit; leurs assises, en bandes grises et roses alternées dans la hauteur du premier étage (du châtelet seulement), ainsi que les profils des moulures, sont taillées avec la plus grande perfection. Aussi leur conservation est-elle parfaite, et, sauf la reconstruction nécessaire du comble, en partie ruiné, ils peuvent être remis dans leur état primitif par des travaux peu importants.

V
BARBACANE DU CHATELET

a barbacane, enveloppant le châtelet à l’est et au nord, constitue une première ligne de défense dont le crénelage est desservi par un petit escalier. Une échauguette crénelée est établie sur l’angle sud-est, près de la porte sud; elle est munie d’une cheminée, de mâchicoulis, et servait de refuge aux gens d’armes, gardiens des deux portes de la barbacane.