Vous venez d’entrevoir ce qu’a été, ce qu’est toujours saint Michel pour Dieu, pour l’Église et pour la France. Nous tiendrons à honneur de rendre un culte de fidélité, de confiance et d’amour à celui qui a combattu, qui combat constamment pour nos intérêts les plus sacrés. Oui, nous vous saluons, dans les transports du plus religieux enthousiasme, ô vainqueur antique et nouveau! Mais de grâce veillez sans cesse; nous le savons trop, le Dragon n’est pas mort; il frémit, il s’agite, il bondit à chaque instant sous nos pieds. Sous son front foudroyé, il conserve, pour notre malheur et le sien, une lamentable immortalité; sa vie est d’anéantir, son génie de conspirer. O protecteur angélique, soyez toujours ce marteau d’armes si formidable à Lucifer, ce foudre de guerre qui extermine notre vieil ennemi. Mille cris furieux s’élèvent autour de notre sainte Église catholique; étendez sur elle votre bouclier. Protégez son chef; protégez la France qui vous invoque, la France aujourd’hui si humiliée, conculcatam, si profondément divisée, convulsam, mais la France qui, toujours confiante, vous implore et attend votre secours, expectantem! Veillez spécialement sur ces deux grandes et religieuses provinces de Normandie et de Bretagne, aux confins desquelles vous avez élevé votre trône; gardez en particulier ce diocèse où vous vous êtes choisi vous-même une place; où vous vous êtes établi, comme dans une imprenable citadelle. Qui que nous soyons, peuples ou prêtres, évêques ou religieux, si le péril se présente, s’il faut combattre pour sauver notre honneur chrétien, notre âme et notre foi, soutenez-nous et fortifiez-nous. Au milieu des épreuves, au plus fort de la lutte, que toujours notre cri soit votre cri vainqueur: Quis ut Deus!

Fig. 7.—Saint Michel et le Dragon. Miniature d’un psautier du dixième siècle. Bibliothèque Cottonienne du British Museum.

CHAPITRE III
LE MONT-SAINT-MICHEL DANS LES DESSEINS DE LA PROVIDENCE.

AINT Michel est le champion de la gloire de Dieu, le protecteur de l’Église et le défenseur de la France; il est le vainqueur de Lucifer et nous lui devons un culte de fidélité, de confiance et d’amour; mais en quel lieu pouvait-il recevoir plus justement les honneurs du triomphe que sur ce roc immortalisé par tant de luttes et de succès? C’est là que l’Archange a réalisé la parole de saint Jean: «Michel et ses anges combattaient contre le Dragon. Le Dragon luttait avec les siens, mais ceux-ci n’ont pu prévaloir.» C’est là que depuis tantôt douze siècles, l’Archange brandit son glaive du haut de la forteresse qu’il s’est lui-même choisie, et que toujours il a triomphé des ennemis les plus formidables.