SAINT-MICHEL TERRASSANT LE DEMON.

et

Apparition de l’Archange sur le Monte-Gargano en Italie.

Miniature du Missel de Charles VI. ms. du XVᵉ siècle. Bibl. de M. Ambr. F. Didot.

accepta l’offre de Constantin et veilla sur les destinées de l’Empire d’Orient, tant que celui-ci ne trahit pas la cause de Dieu et de la vérité ([fig. 15]). Longtemps le culte du glorieux Archange fleurit sur les rives du Bosphore. Justinien, dévot serviteur de saint Michel, au dire de Procope, fit restaurer les deux églises élevées par la piété de Constantin le Grand; d’autres sanctuaires furent bâtis à Byzance et aux environs; dans tout l’empire on rivalisait de zèle, et un grand nombre de familles tenaient à honneur de porter le nom de Michel.

Fig. 15.—Saint Michel offre à un empereur byzantin le globe surmonté de la croix (ou globe crucifère) symbole de la puissance impériale. Feuille de diptyque en ivoire du sixième siècle, conservée au Musée britannique.

En Italie, où saint Pierre avait fixé le siège de la papauté, l’ange protecteur de l’Église manifesta souvent sa puissance par des signes éclatants, et parut choisi de Dieu pour défendre ou châtier le peuple romain. Son culte, déjà populaire dans cette partie de l’Europe, y devint universel après la célèbre apparition du monte Gargano, à l’extrémité méridionale de l’Italie, et celle du château Saint-Ange, dans la ville de Rome. La première, qui se rapporte probablement à l’année 492 ou 493, est racontée en ces termes par les anciens chroniqueurs. On était au temps du saint pontife Gélase. Dans une ville de la Pouille, jadis nommée Siponto, aujourd’hui Manfredonia, vivait un homme appelé Gargano, personnage fort célèbre, possédant de riches troupeaux dans les pâturages voisins de la montagne qui depuis lors a toujours porté son nom. Un jour il arriva qu’un taureau s’éloigna des autres et s’enfuit sur le versant de la colline, du côté de l’Adriatique. Le maître se mit à sa poursuite avec des serviteurs, et l’ayant trouvé à l’entrée d’une caverne, il banda son arc avec colère et décocha une flèche, qui rejaillit sur lui et le blessa. Ses compagnons, étonnés d’un accident si imprévu et voyant là quelque chose de mystérieux, en référèrent à l’évêque de Siponto, qui ordonna un jeûne de trois jours et des prières publiques, afin de connaître la volonté du ciel. Le troisième jour, il eut une vision où saint Michel lui déclara que la grotte du monte Gargano était sous sa protection, et qu’il voulait y avoir un sanctuaire consacré sous son nom en l’honneur des saints anges. Aussitôt le pieux évêque, suivi de son clergé et de son peuple, se rendit à l’endroit désigné, y célébra les saints mystères, et distribua le pain de vie à un grand nombre de fidèles. Plus tard, on y bâtit un temple, où la puissance divine se manifesta par des prodiges signalés, attestant ainsi la réalité de cette fameuse apparition, qui donna naissance à l’un des plus grands pèlerinages du monde chrétien, et dont la mémoire est encore célébrée dans l’Église universelle à la date du 8 mai.

La deuxième apparition eut lieu, d’après les conjectures les plus vraisemblables, la première année du pontificat de saint Grégoire Iᵉʳ, en 590. Rome était en proie aux plus affreuses calamités. Le Tibre avait franchi ses limites et renversé dans sa course une partie des édifices; la peste sévissait et faisait chaque jour de nombreuses victimes; les farouches Lombards ravageaient l’Italie et méditaient la ruine de la ville éternelle. Dans cette extrémité, le souverain pontife, les prêtres et les fidèles tournèrent leurs regards vers Dieu pour implorer son assistance, et pendant trois jours on fit une procession solennelle à laquelle le Sénat lui-même voulut assister. Le ciel se laissa fléchir. Au moment où les prières s’achevaient, saint Grégoire vit sur le môle d’Adrien un ange remettant son épée dans le fourreau, pour signifier que la colère divine était apaisée et que le fléau allait cesser ([fig. 16]). Cet ange, disent les auteurs les plus accrédités, était saint Michel, le protecteur de l’Église catholique. Dans le siècle suivant, un temple fut élevé en l’honneur du prince de la milice céleste au lieu même de l’apparition, sur le môle d’Adrien, qui est devenu le château Saint-Ange et la citadelle de la papauté. Ainsi,