Fig. 37.—Moine présentant un manuscrit à saint Michel. Dessin colorié d’un ms. du Mont-Saint-Michel: Sancti Clementis recognitiones. Onzième siècle. Conservé à la bibliothèque d’Avranches. D’après une photographie de MM. Maquerel et Saillard.

grand nombre de dévots serviteurs, ou plutôt d’ardents disciples. Dès le huitième et le neuvième siècle, avons-nous dit plus haut, les chanoines de Saint-Aubert s’étaient livrés à l’étude avec succès; dans les siècles suivants, le Mont-Saint-Michel possédait une école où l’on cultivait toutes les branches des connaissances humaines. L’Écriture Sainte et les principaux écrits des Pères, surtout de saint Grégoire le Grand et de saint Augustin, la physique et la philosophie d’Aristote, les œuvres de Cicéron, de Sénèque, de Marcien et de Boëce, la grammaire, l’éloquence, le calcul, l’astronomie, l’histoire, la jurisprudence, la poésie, la musique, la peinture et l’architecture, la médecine elle-même et l’art de gouverner les peuples étaient étudiés et enseignés par les

Fig. 38.—Saint Augustin écrivant sous la dictée d’un ange.

Fig. 39.—Lettre B historiée.

Fig. 40.—Saint Michel terrassant le démon.

Dessins au trait coloriés d’un ms. du Mont-Saint-Michel: Sancti Augustini super psalmos. Onzième siècle. Bibliothèque d’Avranches. D’après une photographie de MM. Maquerel et Saillard.

enfants de Saint-Benoît. Tous, maîtres et élèves, vénéraient l’Archange comme leur guide et leur patron. C’est ainsi que, dès la plus haute antiquité, saint Michel exerce sa mission de protecteur des lettres et de propagateur des saines doctrines.

Parmi les moines du Mont-Saint-Michel, un grand nombre comme Hilduin, Scoliand, Gautier, Raoul et Fromond, transcrivaient et enluminaient les manuscrits précieux dont la révolution a dépouillé l’abbaye (fig. [37 à 44]); d’autres composaient de pieux commentaires sur les livres saints, ou annotaient les ouvrages des Pères de l’Église et des philosophes de l’antiquité; au premier rang brillaient les Anastase, les Robert de Tombelaine, et les autres dont il a été parlé dans le cours de cette histoire. Les travaux exécutés par ces humbles religieux ont été dans ces derniers temps l’objet d’études sérieuses, et ont fixé l’attention de plusieurs érudits, en tête desquels nous pouvons placer M. l’abbé Desroches, Ravaisson, Bethmann, Taranne et Léopold Delisle. En parcourant ces vieux parchemins que le temps a épargnés, on voit revivre le moyen âge avec ses traits les plus saillants. La littérature est simple et naïve, comme il convient à son berceau; les récits historiques sont accompagnés de pieuses légendes où la poésie a une large part; la pensée a presque toujours quelque chose d’élevé, et, à chaque page, une note, une réflexion, une prière nous révèle les sentiments du copiste ou du lecteur. La méditation des saintes Lettres était la principale occupation des bénédictins; venait ensuite l’étude des Pères de l’Église et des auteurs profanes; les arts libéraux et la linguistique elle-même occupaient les moments de loisirs. Ainsi, pour en fournir des exemples, un manuscrit du dixième ou onzième siècle renferme des cantiques composés à la gloire de saint Michel et notés en musique; un autre du onzième siècle contient un passage intéressant sur les divers alphabets. Les couleurs employées pour les titres et les initiales, les miniatures dont les majuscules sont ornées, les dessins qui accompagnent les récits ou les controverses, l’écriture gothique avec ses variétés, nous fournissent des détails importants sur le progrès des arts à la fin du dixième siècle et dans le cours des deux siècles suivants. Les sujets qui sont choisis de préférence et représentés dans ces enluminures appartiennent le plus souvent à l’histoire du Mont; par exemple, c’est l’Archange saint Michel avec le dragon sous ses pieds (fig. 37 et 40). Nous trouvons aussi dans le volume des œuvres choisies de saint Jérôme, de saint Augustin et de saint Ambroise, une scène où l’évêque d’Hippone dispute avec un hérétique, pendant que Notre-Seigneur, placé au-dessus dans une tribune, semble assister à la discussion et y prendre un vif intérêt. Tous ces ouvrages avaient une grande valeur à une époque où les livres étaient rares; aussi les bénédictins les regardaient comme l’une de leurs principales richesses, vouaient à l’anathème quiconque oserait les dérober et les plaçaient sous la garde de l’Archange lui-même. Le volume de l’Exposition morale de saint Grégoire contient la note suivante: «Ce livre appartient à saint Michel;..... Si quelqu’un le dérobe, qu’il soit anathème. Amen. Fiat. Fiat. Amen dans le Seigneur.»

La construction de la basilique et les travaux entrepris par les Roger avaient favorisé ce progrès des sciences et des arts en attirant au