Fig. 41.—Saint Augustin discutant contre Fauste. Miniature d’un ms. du Mont-Saint-Michel: Augustinus contra Faustum. Onzième ou douzième siècle. Bibliothèque d’Avranches. D’après une photographie de MM. Maquerel et Saillard.
Mont des artistes habiles et des savants distingués; mais Robert de Torigni contribua plus à lui seul que tous ses prédécesseurs à la gloire littéraire du Mont-Saint-Michel. En effet, quelle plume fut alors aussi féconde que la sienne? Outre les manuscrits précieux dont la bibliothèque se trouva enrichie en peu d’années, plusieurs ouvrages furent composés par les bénédictins eux-mêmes. L’abbaye mérita le beau titre de cité des livres, et Robert, le plus savant, le plus laborieux de tous les moines, reçut le nom de grand libraire du Mont-Saint-Michel. On lui doit en particulier l’Histoire du roi d’Angleterre, Henri Iᵉʳ, qui est
Fig. 42.—Charte de donation de Gonnor.
Fig. 43.—Charte de donation de Robert.
Dessins à la plume d’un ms. du Mont-Saint-Michel: Cartularium monasterii montis sancti Michaelis. Douzième siècle. D’après une photographie de MM. Maquerel et Saillard.
la continuation du travail de Guillaume de Jumièges sur les ducs de Normandie, l’Appendice à la Chronique de Sigebert, moine de Gembloux, un Traité sur les ordres religieux, une Histoire du monastère du Mont-Saint-Michel, un Prologue sur l’exposition des épîtres de saint Paul, d’après saint Augustin. Ces ouvrages et les autres du même auteur ont un mérite sérieux; la chronique surtout a obtenu un grand et légitime succès. Robert du Mont y corrige avantageusement les défauts de Sigebert de Gembloux; son style calme, grave, simple, naïf parfois, est plus en rapport avec la dignité de l’histoire; sa critique est plus impartiale, plus judicieuse, plus sûre, sans être pourtant à l’abri de tout reproche; il suit une méthode plus rigoureuse dans l’arrangement des faits, ce qui le rend agréable, clair et facile à suivre. Les auteurs de l’Histoire littéraire de la France en ont porté ce jugement: «C’est, depuis la mort d’Orderic Vital, le seul historien français que nous puissions opposer au grand nombre d’historiens anglais qui, à la même époque, écrivaient leurs chroniques.»
Sous la prélature de Robert du Mont, Guillaume de Saint-Pair, nommé «le moine jovencel» ou «la kalandre de la solitude,» composait son Roman du Mont-Saint-Michel. Il ne le cède pas à l’auteur du Roman de Rou pour l’exactitude historique, et comme poète il lui est supérieur. Rien n’est plus attachant que le récit des événements accomplis au mont Tombe jusqu’au règne de Robert Courte-Heuse! Le but qu’il se propose d’atteindre, son nom et celui de l’abbé sous lequel il écrit, nous sont révélés en tête du poème:
«Molz pelerins qui vunt al Munt,
«Enquierent molt, e grant dreit unt,
«Comment l’igliese fut fundée
«Premierement, et estorée.
«Cil qui lor dient de l’estoire
«Que cil demandent, en memoire
«Ne l’unt pas bien, ainz vunt faillant
«En plusors leus, e mespernant.
«Por faire-la apertement
«Entendre à cels qui escient
«N’unt de clerzie, l’a tornée
«De latin tote et ordenée
«Par veirs romieus novelement
«Molt en segrei, par son convent,
«Uns jovencels; moine est del Munt,
«Deus en son reigne part li dunt!
«Guillelme a non de Seint-Paier,
«Cen veit escrit en cest quaier.
«El tens Robeirt de Torignié
«Fut cil romanz fait e trové.»