Fig. 46.—Constructions de Robert de Torigni. Coupe transversale, du nord au sud.
Ici repose Robert de Torigni, abbé de ce lieu. Il gouverna ce monastère trente-deux ans et en vécut quatre-vingts (fig. 47 et 48).
C’est au 23 ou au 24 juin 1186, qu’il faut rapporter la mort de l’illustre abbé. Le Mont-Saint-Michel perdait en lui un savant et un saint; Robert, en effet, était un théologien profond, un érudit remarquable, un historien consciencieux, un architecte habile, et par-dessus tout un moine régulier, pieux et zélé, en un mot l’une des plus belles figures du cloître à cette époque si féconde en grands hommes. Jamais cette double auréole de la science et de la vertu ne devait briller avec autant d’éclat sur le front des religieux qui portèrent la crosse dans la suite; cependant les hommes d’une telle valeur impriment à leurs œuvres une forte impulsion qui se ralentit d’ordinaire, mais ne s’arrête pas au moment où ils descendent dans la tombe; c’est pourquoi, après la mort de Robert, le Mont-Saint-Michel compta des années et même des siècles de prospérité.
Un religieux du monastère, dom Martin, désigné dans une inscription de l’époque sous le nom de Martin «de Furmendeio,» fut élu en 1187, treize mois après la mort de Robert de Torigni. Ce long délai prouve que les bénédictins, avant de procéder à une élection canonique, prirent toutes les mesures de prudence nécessaires pour ne pas éveiller les susceptibilités de Henri II. Leur choix ne pouvait tomber sur un sujet plus digne de succéder à Robert; Martin, en effet, gouverna l’abbaye avec sagesse, défendit énergiquement les droits de ses religieux et montra une grande habileté dans la gestion des biens temporels; mais sa prélature devait être de courte durée. Il mourut le 19 février 1191, et reçut la sépulture à côté de son prédécesseur; un disque de plomb fut aussi placé dans son sarcophage, avec l’inscription suivante:
✠ HIC. REQVIESCIT. DOM. MARTIN. DE.
FVRMENDEIO. ABBAS. HVIVS LOCI:
Ici repose dom Martin «de Furmendeio,» abbé de ce lieu ([fig. 49]).
Dans cette dernière moitié du douzième siècle, le culte de l’Archange dut principalement son extension en France et chez les nations voisines à