Fig. 84.—Porte du Roi (entrée de la ville), bâtie par Robert Jolivet, vers 1420.
pénitence et prime; ensuite on célébrait une messe de la sainte Vierge dans la chapelle des Trente-Cierges. Après la messe, le chantre nommait ceux qui devaient, la nuit suivante, veiller à la garde du Mont: deux religieux, un frère et un clerc de l’église, étaient désignés pour faire le tour du monastère et des murs, avant le milieu de la nuit; deux habitants d’Ardevon et autant de la paroisse d’Huisnes devaient veiller sur les remparts, et un bénédictin avec quatre ou cinq serviteurs était chargé de garder la porte. Ces précautions ne parurent pas suffisantes après la nouvelle invasion des Anglais. Robert Jolivet, dans la crainte d’un siège prochain garnit la place de provisions de bouche et de munitions
Fig. 85.—Armoiries de Robert Jolivet (bas-relief).
de guerre, demanda des secours au roi et en obtint la somme de 1500 livres. De 1417 à 1420, il fit exécuter de grands travaux de fortification, afin de couvrir les maisons bâties en dehors des anciens remparts, à l’est et au sud du Mont-Saint-Michel ([fig. 82]). Dans une niche pratiquée sur la courtine du mur d’enceinte, Robert fit placer son écusson ([fig. 85]); il donna également des armoiries au monastère ([fig. 86]).
Pendant que la cité de l’Archange se préparait à une résistance vigoureuse, les Anglais s’établirent de nouveau à Tombelaine et s’y fortifièrent. En 1419, ils bâtirent sur ce rocher de hautes et fortes murailles avec plusieurs tours, sans que la garnison du mont Tombe pût les inquiéter, parce que le Couesnon changeant son cours ordinaire, et joignant la Sélune et la Sée, coula entre le Mont-Saint-Michel et Tombelaine. Depuis que les ennemis étaient maîtres d’Avranches, de Pontorson et de toute la contrée, l’accès du Mont était difficile par terre; d’autre part, une flottille surveillait la côte et s’avançait dans le golfe autant que la marée le permettait. Dans cette extrémité, une défection inattendue vint attrister les défenseurs de la citadelle. Robert Jolivet, oubliant les devoirs que lui imposait son double titre de capitaine et d’abbé, et «ne pouvant plus, selon l’expression d’un historien, supporter les tintamarres d’une guerre continuelle,» abandonna
Fig. 86.—Armoiries de l’abbaye, en 1417.
son poste d’honneur, et se retira dans le prieuré de Loiselière; puis il se laissa gagner par les promesses du roi d’Angleterre, devint son conseiller, et accepta même la charge de commissaire pour la Basse-Normandie. Il conserva dans sa retraite le titre d’abbé, et jouit du revenu que le Mont percevait sur les prieurés, les églises et les terres alors occupées par les Anglais; mais le prieur Jean Gonault reçut du pape le pouvoir de gouverner les religieux en qualité de vicaire général. Plusieurs causes expliquent cette défection, sans la justifier. On était en 1420; depuis trois ans, l’ennemi occupait le pays d’Avranches, il venait de se fortifier à Tombelaine et dans les environs, il marchait de conquête en conquête, et les partisans du pauvre Charles VI devenaient de jour en jour moins nombreux; depuis l’avénement de Philippe de Valois, il semblait «à moult de gens,» dit Froissart, que le royaume allait «hors de la droite ligne,» et plusieurs pensaient que si le roi d’Angleterre était proclamé roi de France, le plus grand de ses deux royaumes soumettrait l’autre à sa domination; enfin Robert avait sous les yeux l’exemple d’un grand nombre de seigneurs et de prélats, qui, pour sauvegarder leurs intérêts, avaient juré obéissance à Henri V.
Le dauphin qui devait bientôt ceindre la couronne de l’infortuné Charles VI, comprit le danger qui menaçait la cité de l’Archange, la