Fig. 108.—Monument de Jean de Lamps. D’après un dessin de M. de Rothemont; ms. nº 4902, de la Bibl. nat. Dix-huitième siècle.

capitaine du Mont, et à la recommandation du roi Louis XII, qui engagea ses «chers et bien amez» religieux à le choisir pour abbé à cause de ses «bonnes mœurs, vertus et honnesteté,» et pour la «seureté et bonne confidence» que le monarque avait «en sa personne.» Il gouverna l’abbaye l’espace de trois ans et mourut au château de Brion en 1513. Il reçut la sépulture à côté de son prédécesseur, dans la chapelle de la Vierge.

Jean de Lamps, frère de Guillaume de Lamps, montra une grande sagesse dans l’administration du monastère et donna aux religieux l’exemple de toutes les vertus; il continua la construction du chœur, fit placer aux voûtes les armes de France et de l’abbaye, et acheva la basilique,

Fig. 109.—Sceau de Jean de Lamps, abbé du Mont-Saint-Michel en 1520. Archives nationales.

c’est-à-dire le dernier chef-d’œuvre que l’art chrétien ait produit au Mont-Saint-Michel en l’honneur de l’Archange. Il mourut le 4 décembre 1523 et fut enterré dans la chapelle de la Vierge Marie, du côté de l’épître. «Pour tesmoigner leur reconnoissance en son endroict, dit dom Louis de Camps, et en conserver plus longtemps la mémoire, (les religieux) firent poser son effigie sur un pilier, comme on voit encore à présent ([fig. 108]). Ce qui n’a esté accordé à d’autre qu’à luy, et à la vérité est une chose assez remarquable; car si après luy nous n’avons eu aucun abbé, qui ait porté l’habit de Saint-Benoist; au moins, nous pouvons dire qu’iceluy nous est resté qui le porte jour et nuit en peinture. Ses armes se voient en divers endroits de l’église.»

Pendant ces prélatures qui terminent la troisième période de l’histoire de saint Michel, le culte de l’Archange avait atteint son apogée; les pèlerinages se succédaient sans interruption; un grand nombre de seigneurs firent à l’abbaye des donations en terre et en argent; le souverain pontife approuva par un bref solennel l’ordre des chevaliers; François Iᵉʳ, marchant sur les traces de ses ancêtres, fit un pèlerinage au Mont avec plusieurs personnages de la cour. Un historien rapporte que l’abbé Jean de Lamps reçut le monarque «avec tous les devoirs et plus grande soubmission qu’il put, allant processionnellement au-devant en habits pontificaux, imprimant par sa modestie des tendresses de dévotion au cœur du roy.» La basilique avec son abside merveilleuse et sa flèche élégante était achevée; sur le sommet dominait la statue de l’Archange, dont l’épée flamboyante menaçait les ennemis de la France et le pied foulait le dragon infernal; le règne de la chevalerie avait commencé et les enfants de saint Benoît se montraient toujours les dignes gardiens du sanctuaire de saint Michel.

Fig. 110.—Fac-simile d’un cul-de-lampe des Statuts de l’Ordre de Saint-Michel. 1725.