’accident de 1834 fut comme le signal d’une résurrection. Les ruines amoncelées par l’incendie nécessitèrent une restauration matérielle, et celle-ci fut le prélude de la restauration religieuse. Le gouvernement fit reconstruire les trois derniers piliers de la nef romane, du côté du Midi. Un artiste breton, M. Barré, orna d’un bas-relief le tympan de la porte ogivale, qui donne sur le Saut-Gautier. Ce bas-relief représente la Vision de saint Aubert. L’Archange au visage sévère et aux ailes déployées apparaît au pontife et lui fait à la tête une profonde cicatrice. Ce travail a été beaucoup vanté, mais il ne paraît point mériter sa réputation; l’artiste n’a pas assez tenu compte de la vérité historique; la pose de l’Archange est trop raide et son geste un peu risqué. Un prisonnier sculpta le maître-autel de la basilique d’après un dessin de M. Théberg, architecte. Celui-ci, de concert avec M. Marquet, employa les ressources dont il disposait à faire les réparations les plus nécessaires dans l’église et le château.

L’heure fixée par la Providence était sonnée. La prison fut supprimée par un décret du 20 octobre 1863, et les détenus quittèrent bientôt le Mont-Saint-Michel pour aller reprendre leurs fers à Beaulieu et à Fontevrault; ensuite l’abbaye fut cédée à l’administration des domaines, qui, par un bail en date du 31 mars 1865, loua les bâtiments à Mgr Bravard, évêque de Coutances et Avranches; enfin au mois d’avril de l’année 1867, une colonie de religieux de Saint-Edme partait de Pontigny et venait prendre possession du Mont-Saint-Michel.

Quelques années à peine se sont écoulées depuis cette restauration religieuse, et déjà la cité de l’Archange n’a plus le même aspect; les métiers qui encombraient les bâtiments, les étages qui déshonoraient l’église et la Merveille, sont enlevés; partout l’ordre se rétablit, les ruines disparaissent et la montagne se transforme. Aujourd’hui, comme autrefois, la mère de Dieu et le prince de la milice céleste prennent possession de cette basilique où la piété de nos pères aimait à les invoquer. Depuis 1868, une statue de la Vierge remplace

Fig. 128.—Porte du roi en 1835; d’après un dessin du Charivari.

dans la crypte des Gros-Piliers l’ancienne image de Notre-Dame-sous-Terre; en même temps le transept nord de l’église a son autel dédié à l’Archange, et sert de chapelle pour les pèlerinages.

Par un décret du maréchal de Mac-Mahon, en date du 20 avril 1874, la propriété domaniale de l’abbaye du Mont-Saint-Michel est affectée au service des monuments, pour en assurer la conservation. Depuis ce jour les travaux de restauration se continuent sous la direction d’un habile architecte attaché à la commission des monuments historiques. La vaste plate-forme qui regarde la mer à l’ouest de la montagne, avait beaucoup souffert des injures du temps, et menaçait de s’affaisser du côté de l’hôtellerie. Un solide contre-fort a prévenu ce malheur. Le

Fig. 129.—Vue du Mont-Saint-Michel en 1845; d’après une lithographie de L’Artiste.