Les Indiens se livrent à des pratiques religieuses par lesquelles ils croient se mettre en rapport avec leur Créateur—Allah qui est Puissant et Grand, est au-dessus de ce que disent les méchants (Ḳorân, surate XVII, verset 45)—qui est à une grande distance au-dessus d'eux. Ainsi, quelqu'un fait bâtir sur la route une hôtellerie pour les voyageurs dans laquelle il installe un marchand qui vend aux passants ce dont ils ont besoin; il y installe également une courtisane indienne pour qu'elle se donne gracieusement aux passants. C'est par ces moyens (p. 129) que les Indiens croient s'acquérir des mérites.
Il y a, dans l'Inde, des prostituées qu'on appelle «les courtisanes du buddha». Voici quelle est l'origine de ces courtisanes. Lorsqu'une femme a fait un vœu et qu'ensuite elle met au monde une jolie fille, elle l'amène au buddha—le buddha est l'idole qu'on adore—et lui voue sa fille. Puis, cette femme fait choix pour sa fille, d'une maison dans le marché, suspend une tenture [devant la façade] et fait asseoir sa fille dans un fauteuil de façon à ce que les passants, indiens et étrangers, sectateurs de religions qui le tolèrent, [puissent bien la voir et en user]. [Tout homme] devient maître de la personne de cette femme pour une somme déterminée. Chaque fois que [la courtisane] a réuni une certaine somme, elle la remet aux gardiens du temple de l'idole [à laquelle elle a été vouée], pour être employée aux frais d'entretien du temple. Remercions Allah, le Puissant et le Grand, de ce Ḳorân qu'il a choisi pour nous et par qui il nous a préservé des péchés des infidèles!
L'idole appelée [l'idole du] Mûltân est près de [la ville de] Manṣûra; on y vient [en pèlerinage] (p. 130) de plusieurs mois de marche de distance. [Des pèlerins] y apportent [en présent] de l'aloès indien [de la sorte appelée] ḳâmarûpî ou aloès du Ḳâmarûpa—le Ḳâmarûpa est le nom du pays d'où il provient—c'est la meilleure sorte d'aloès. C'est pour cela qu'on l'apporte [en présent] à cette idole pour le remettre aux gardiens du temple où il est employé [aux fumigations rituelles] de l'idole. Le prix de cet aloès est quelquefois de 200 dînâr le mann. Parfois, on appose un cachet sur cet aloès et l'empreinte du cachet s'imprime dans le bois, tant il est tendre. Les marchands [se procurent cet aloès] en l'achetant aux gardiens du temple.
Il y a dans l'Inde, des gens pieux qui, sous l'influence de leur religion, se rendent dans des îles qui ont surgi dans la mer et y plantent des cocotiers. Ils creusent des puits dans ces îles et [en tirent] l'eau moyennant salaire; quand des navires passent par là, ils leur procurent de l'eau.
De l'ʿOmân, viennent des gens dans ces îles où poussent des cocotiers, apportant avec eux des outils de charpentier et d'autres encore. Ils coupent [la quantité] de (p. 131) bois de cocotier qu'ils désirent et, lorsque ce bois est sec, ils le débitent en planches. Ils filent les fibres du cocotier et [avec le fil obtenu], ils cousent ensemble ces planches de cocotier. Ces planches sont employées à construire un navire. Avec ce bois de cocotier, on façonne également des mâts et vergues; avec ses feuilles, on tresse des voiles et avec ses fibres, des ḫarâbât, c'est-à-dire, en arabe, des câbles. Lorsque le navire est entièrement terminé, on le charge de cocos et on part pour l'ʿOmân où on les vend. [Les affaires ainsi faites] donnent de grands bénéfices, car tout ce qu'on a rassemblé [navire construit par le chargeur avec ses agrès et ses voiles, cargaison de cocos] en le choisissant, on a pu le faire soi-même sans avoir besoin de personne.
PAYS DU ZANG
Le pays des Zangs (c'est-à-dire la côte orientale d'Afrique au sud du cap Guardafui) est immense. Sa flore qui se compose du durra (sorgho) qui est leur [principal] aliment, de la canne à sucre et des autres arbres, est noire. Les rois des Zangs sont [constamment] en guerre les uns avec les autres. Les rois ont auprès d'eux (p. 132) des hommes qui sont connus sous le nom de muḫazzamûn, «ceux qui ont le nez percé», parce qu'on leur a percé le nez. On leur a mis un anneau au nez, [comme on en met aux chameaux,] et à l'anneau est attachée une chaîne. [Au moment] du combat, ils marchent en tête [des troupes]; l'extrémité de chaque chaîne est tenue par quelqu'un qui la tire en arrière et empêche le combattant d'aller de l'avant pour permettre à des médiateurs d'arranger le différend qui a surgi entre les deux bandes ennemies. Si un arrangement intervient, [les combattants se retirent]; dans le cas contraire, les gardiens attachent soigneusement la chaîne autour du cou des muḫazzamûn et les laissent libres; on se bat; ces combattants restent fermes à leur place et aucun d'eux n'abandonne son poste de combat à moins d'être tué.