Venons d'avantage à ceux qui sont descenduz d'une mesme source, & qu'on me rende raison pourquoy es aucuns il y a une letre superflue qui n'est point gardée es autres? comme en dict, & faict, esquelz le c, est superflu, ny n'est point en la prononciation. Vous me direz incontinant que c'est pour monstrer qu'ilz viennent de dictum & factum, esquelz est le c: mais aussi repliqueray je pourquoy en semblable dy, dis, dit, dire, fais, fait, & faire, ne sont escris avecq' le mesme c, veu qu'ilz viennent de dico, dicis, dicit, dicere, facio, facis, facit, facere: lesquelz tous sont escris du c, & desquelz dictum & factum ne sont que derivez.

Escripre.

Que dirons nous de ceux qui mettent des letres qui ne sont point à la sourse? comme qui escrivent escripre. Je ne puis bonnement entendre à quelle intention ilz mettent ce p. Car il me semble que suyvant leurs regles de derivaisons, il falloit plustost mettre ung b, d'autant qu'il est decendu de scribere. Il est vray qu'ilz me pourront dire qu'il n'y a non plus de danger en l'ung qu'en l'aultre, comme qui ny servent que d'estonner le lyseur ainsi que fait ung espovantal de cheneviere les oysillons, corneilles, & pies. Concluons doncques que telles observations de derivaisons faictes contre la rayson, & l'ordre d'escriture sont vicieuses, comme qui la corrompent, & la rendent incertaine, & confuse: & que finablement nonobstant toutes les susdictes defenses amenées par ceux qui veulent maintenir les vices de l'escriture Françoise, il la fault ranger au seul usage de la prononciation: de sorte qu'elle devra changer de letres, ainsi que l'usage de la langue changera de voix, comme celle qui luy sert à representer son Image. Laquelle nous y devons mirer tout telle & ainsi entiere suyvant les puissances des letres, qu'on a de coustume de mirer en ung mirouer les Images des choses qui luy sont presentées. Mais pour autant qu'il est impossible de bien escrire selon les voix de la prononciation, que premierement nous ne cognoissions les puissances des letres, & à quelles voix elles servent: tout ainsi que ce n'est pas assez à ung peinctre d'avoir le vif present s'il ne cognoist les coleurs propres pour faire le pourtrait perfect: il est necessaire pour rendre nostre entreprinse perfecte de les rechercher par le menu, & faire en sorte que nonobstant l'abus nous en puissions bien user: & telement qu'il ne se treuve point de façon de voix Françoyse, qui ne se puisse escrire si distinctement, que le lecteur n'ayt point d'occasion de demourer perplex par ung desordre d'escriture.

DES LETRES, & DE LEURS PUISSANCES.

Chapitre II.

Ceux qui premierement ont divisé les voix simples, & subsequemment les letres, les ont divisées en voyelles, & consonantes: tenans les voyelles comme ames vivifiantes les consonantes, d'autant que sans elles, elles ne peuvent estre prononcées: non plus qu'ung corps ne peut avoir mouvement, ny vie sans l'ame.

a, e, i, o, u

Or n'ont ilz au commancement assigné que cinq voyelles en general: qui sont, a, e, i, o, u, comme desquelles les autres moyennes participoient, sans avoir egard à la diversité qui pouvoit provenir à cause de la quantité. Mais depuis les Grecz considerans leur prononciation, inventerent la letre, η, comme qui estoit une voix moienne entre a, & e: & qui d'avantage estoit longue, ou bien si vous voulez masculine. Aussi ont ilz fait l'ω mega que nous pouvons appeller le grand O, le composans de deux o micron qui est ung o petit, pour aucuns vocables esquelz la prononciation de l'o estoit plus longue. Or me semble il que la langue Françoise a beaucop de diversitez de voyelles, si nous y voulons prendre garde: & qui ont besoing d'estre notées en nostre escriture, si nous la voulons rendre perfecte. Car je treuve qu'entre ces cinq voyelles nous avons aucunes qui sont moyennes.

e femenin clos. é masculin clos. é ouvert masculin. e ouvert femenin

Et premierement il me semble que tout ainsi que nous avons cest e, commun que nous divisons en masculin, & femenin comme en bonne, & bonté: & que nous devons appeller e clos: qu'en semblable aussi avons nous ung e ouvert masculin, & femenin, duquel la prononciation est entre a, & e, que j'appelle e ouvert, comme qui requiert une prolation plus ouverte que l'e commun, ainsi que nous voyons en mes, tes, ses, semblablement: esquelz certainement l'e sonne plus ouvert qu'en bonne, bonté.