Il faudra, conclut-elle, que vous appreniez le catéchisme. Je vous en passerai un, et puis nous nous occuperons de votre baptême. Dès demain j’en causerai avec M. le Curé.

Mais le lendemain, le Curé s’absenta pour aller chez Crochard.


L’abbé Dieuze sortit tout horrifié du petit bureau où l’usurier l’avait reçu. Quoique celui-ci eût employé des formules patelines pour lui exposer comment il réussissait à dépouiller ses victimes sans enfreindre la lettre des lois, le prêtre avait pressenti l’abîme où il tomberait certainement s’il s’associait avec cette détestable sangsue. Tout ce qu’il y avait de bon en lui se révolta.

— Non, se dit-il, je ne dois pas me faire délibérément le complice d’un pareil scélérat. Ce serait appeler sur moi la colère divine !… Je chercherai un autre placement qui sera peut-être moins avantageux mais qui me laissera la conscience en repos.

Du point de vue de la sagesse humaine, c’était raisonner droitement. Mais alors pourquoi ne se sentait-il pas apaisé ? Pourquoi l’étau où le comprimait la préoccupation constante de tirer une fortune de son héritage ne desserrait-il pas ses mâchoires ?

C’est qu’un croyant qui se livre à l’esprit de lucre perd la saine quiétude des vrais enfants de Dieu. Il croit tenir l’argent — c’est l’argent qui le tient. Il s’imagine acquérir de l’indépendance — il se rend esclave.

A ce moment, l’abbé Dieuze était tourmenté par le regret de s’être séparé du portefeuille. En vain il se répétait : Je l’ai mis en lieu sûr… il ne parvenait pas à se rassurer. Il lui tardait de regagner le village pour replacer les billets dans sa poche secrète contre son cœur.

Il se hâtait sur le chemin du retour et il avait déjà parcouru un kilomètre quand il fut rejoint par une carriole que conduisait un de ses paroissiens, le boucher Bajot, de plus marchand de bestiaux assez cossu et avec lequel il était en bons termes.

— Hé ! M. le Curé, dit cet homme, en arrêtant son cheval, vous allez à pied par cette chaleur ? Y a de quoi périr ! Venez donc près de moi.