Que le logis était misérable ! Des murs grumeleux et sillonnés de crevasses ; pour plancher, la terre nue ; une vieille huche de rebut, aux parois incrustées de moisissure et dont le couvercle faisait office de table ; une escabelle branlante ; une couverture de cheval en lambeaux ; çà et là quelques ustensiles de ménage ébréchés ; dans un coin une paillasse décousue perdait son varech.
Jacques déposa le malade sur la paillasse. Il s’y était pris avec beaucoup de douceur : néanmoins un gémissement s’échappa des lèvres entr’ouvertes :
— Certainement, il est blessé, se dit le jeune homme, comment pourrais-je bien le soigner ?…
D’une voix presque imperceptible, le moribond articula ces mots : — J’ai soif…
Comme la nuit était complètement venue, Jacques s’empressa d’allumer une chandelle qu’il fixa sur le coffre. Puis il prit sa tasse en fer-blanc, l’emplit avec l’eau de sa cruche et l’inclina sur la bouche plaintive. Tandis que l’homme buvait il distingua des traces d’écorchures aux tempes et au front. Il y avait aussi des caillots de sang dans la chevelure emmêlée.
— Mais, mon pauvre ami, s’écria-t-il, qui donc vous a mis dans un pareil état ?
Une expression d’indicible tristesse passa, comme une ombre, sur le visage du malade. Il répondit en soupirant : — Ce sont les miens qui me traitent de la sorte.
Au souper, chez ses parents, l’abbé Bercy offrit une mine si absente que sa mère en prit de l’inquiétude et lui demanda s’il se trouvait incommodé. Il fit un geste négatif et, en même temps, il fronça les sourcils. On supposa que ses études l’absorbaient et l’on n’insista pas. Lui s’efforçait d’avaler quelques bouchées mais en vain. Jetant alors sa serviette sur la table il souhaita brièvement le bonsoir et remonta dans sa chambre.
— C’est ennuyeux, murmura la mère, il ne mange pas…