Après que Jésus fut mort sur la Croix, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, pria Pilate de lui permettre d’enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc et prit le corps. Nicodème, celui qui naguère était allé trouver Jésus la nuit, vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès. Ils prirent donc le corps et l’enveloppèrent dans des linges avec des parfums, selon la manière d’ensevelir des juifs (Saint Jean, XIX.)
Bien qu’il crût à la divinité de Jésus-Christ, Nicodème s’appliquait à dissimuler sa foi. Il donnait volontiers pour prétexte à sa prudence que, dans le milieu où son origine pharisienne l’obligeait de vivre, on haïssait les adeptes de la Bonne Nouvelle et qu’on regardait celle-ci comme une superstition des plus virulentes. De même, en public, afin, disait-il, de ne pas attirer la persécution sur les chrétiens, il feignait d’ignorer le Maître ou lorsqu’on en parlait devant lui, de ne le connaître que de réputation.
Sa timidité allait si loin qu’il revêtait un déguisement et choisissait toujours les heures nocturnes pour ses entretiens avec le Sauveur. Ce n’est donc pas sans raison que saint Jean insiste sur son goût du secret et de l’ombre.
Quand Jésus l’avertissait que cette crainte extrême de la lumière le mettait en péril de se perdre dans l’obscurité irrémissible où veille le Père du péché, il faisait semblant de ne pas comprendre. Mais, à part soi, il persistait à penser que le Maître avait tort de répandre sa doctrine au grand soleil et, pris de panique à la réflexion qu’il pourrait être soupçonné de connivence, il se promettait d’interrompre ses visites. Il les suspendait, en effet, pendant quelques mois, puis il revenait, quelque chose de plus fort que sa peur de se compromettre l’y poussant.
A cette première réunion du Sanhédrin où l’on envisagea l’opportunité de sévir contre Jésus, Nicodème se garda bien de plaider la cause du perturbateur que ses collègues accusaient de violer les lois d’Israël. Tout au plus balbutia-t-il qu’on devait observer à son égard les règles juridiques, et, si l’on estimait à propos de mettre la main sur lui, ne pas le condamner sans enquête. Sur quoi les autres Pharisiens froncèrent les sourcils ; les plus ombrageux lui rappelèrent qu’en dépit de ses déclarations officielles, il était suspect de christianisme. Aussitôt, tout effaré de son audace, il devint muet. La séance levée, il se hâta de regagner son domicile dont il verrouilla soigneusement les portes. Plus tard, lorsque Jésus fut traîné devant Caïphe et Pilate, il fut le témoin inerte de l’iniquité dont son Maître était la victime. En lui-même, il frémissait d’indignation mais pour rien au monde, il ne serait intervenu.
Quand tout fut consommé, Joseph d’Arimathie se rendit chez Pilate pour réclamer le corps de Jésus. Il aurait souhaité que Nicodème l’accompagnât ; mais le sachant incapable de surmonter ses paniques il ne prit même pas la peine de le lui proposer. Nicodème se félicita d’être laissé à l’écart.
Néanmoins, dès qu’on commença d’ensevelir la sainte dépouille, il fondit en larmes, car, à travers les dérobades où le poussait sa nature pusillanime, il aimait Jésus et maintenant il se reprochait de ne pas l’avoir écouté comme il l’aurait fallu. Son chagrin et ses regrets lui donnèrent le courage d’apporter du linge fin et des aromates précieux pour honorer Celui qu’il connaissait pour l’incarnation de la Vérité unique. — Il est vrai qu’en même temps il ne pouvait s’empêcher de se dire avec une sorte de satisfaction trouble : — Après un exemple aussi terrible, les disciples, à coup sûr, s’abstiendront de manifestations bruyantes. Eux et moi, nous servirons la mémoire de Jésus à la sourdine et avant tout nous éviterons de froisser les Pharisiens en affichant notre croyance. On va être enfin un peu tranquille…
Une tradition, fort admissible, veut qu’il éprouvât une vive contrariété quand il entendit les Apôtres proclamer, selon le Saint Esprit et sans aucune retenue, leur foi au centre de tous les carrefours et sur le parvis même du Temple.
— Hélas ! les excès de zèle commencent, s’écria-t-il. Et il prédit que cela finirait mal.