Pas du tout. L’irréligion, encouragée par leur veulerie, n’a pas déposé les armes un seul instant. Tandis qu’ils multipliaient les courbettes, Gambetta lançait le cri célèbre : « Le cléricalisme voilà l’ennemi ! » Et par cléricalisme, l’évènement l’a prouvé, il entendait le catholicisme. Ferry fit voter la loi laïque sur l’enseignement et supprimer la lettre d’obédience qui, délivrée par les Évêques aux Religieux, permettait à ceux-ci d’ouvrir des écoles. Waldeck-Rousseau fit voter la loi sur les Associations de laquelle Combes se servit pour dissoudre et proscrire les Congrégations. Poincaré déclarait naguère aux libéraux qui, en retour de leur appui, lui demandaient quelques vagues garanties : « Nous sommes séparés par toute l’étendue de la question religieuse » et, après avoir promis d’autoriser la rentrée en France des noviciats de Missionnaires, s’esquivait sans avoir tenu parole. Et afin de mettre dans tout son jour le triomphe de l’athéisme officiel, Viviani, applaudi avec enthousiasme par la Libre-Pensée et les Loges, proclamait : « Nous avons éteint les étoiles du Ciel ! » Par la suite, il avouait que la prétendue neutralité scolaire n’était qu’un leurre. « Elle fut, dit-il à la tribune de la Chambre, un mensonge nécessaire lorsqu’on forgeait la loi scolaire. On promit cette chimère de la neutralité pour rassurer quelques timides dont la coalition eût fait obstacle au principe de la loi. Mais Jules Ferry avait l’esprit trop net pour croire à la durée de cet expédient. Ce ne fut qu’un prétexte…[3] »
[3] Ce Viviani, qui se glorifiait d’avoir aboli les lumières du Ciel, Dieu l’a jeté dans « les ténèbres extérieures ». Il est devenu fou et l’on a dû l’enfermer. Puis il est mort sans avoir recouvré la raison.
Ces leçons réitérées — et bien d’autres — ont-elles corrigé les libéraux ? — Nullement. Ils s’opiniâtrent dans leur aberration. Plus encore, ils n’arrêtent pas de considérer comme de futurs sauveurs de l’Église les politiciens athées qui feignent, pour de louches combinaisons, d’accepter parfois leur alliance mais qui ne négligent aucune occasion d’affirmer qu’ils ne leur feront jamais la moindre concession.
Qu’on se souvienne : il y a peu, les libéraux flagornaient Briand, aventurier suspect, apte aux roueries du parlementarisme, mais sectaire obtus quant aux choses religieuses. C’est lui qui, dans le temps même où les libéraux tendaient vers son ricanement des mains implorantes, disait dans un discours fameux contre l’Église : « L’homme vrai, le citoyen de la vraie démocratie, celui dont le cerveau n’est pas obstrué par la préoccupation du mystère et du dogme — cet homme, la divinité est en lui. »
Aujourd’hui, les libéraux balancent des encensoirs sous le nez de Millerand qui s’est enrichi par le pillage des congrégations et qui se gardera bien de restituer.
Mais les hybrides ont commis d’autres incartades particulièrement graves : nous le verrons plus loin…
Voici maintenant les Anarchistes inconscients. — A l’extrême-gauche du libéralisme, on découvre M. Marc Sangnier et le petit clan, étiqueté démocrate, qui se groupa autour de lui après que le Sillonisme eut été condamné. Rappelons d’abord que lorsque Pie X prononça cette condamnation (par sa Lettre à l’épiscopat français datée du 25 Août 1910) M. Sangnier déclara immédiatement qu’il se soumettait. Nous allons voir la façon dont il a compris la discipline et l’obéissance à la volonté du Saint Père. Mais, avant tout, il n’est pas sans intérêt de citer deux passages des plus décisifs de la Lettre :
Notre charge apostolique, nous fait un devoir de veiller à la pureté de la foi et à l’intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles des dangers de l’erreur et du mal, surtout quand l’erreur et le mal leur sont présentés dans un langage entraînant qui, voilant le vague des idées et l’équivoque des expressions sous l’ardeur du sentiment et la sonorité des mots, peut enflammer les cœurs pour des causes séduisantes mais funestes. Telles ont été naguère les doctrines des prétendus philosophes du XVIIIe siècle et du libéralisme tant de fois condamnées. Telles sont encore aujourd’hui les théories du Sillon…
Le catholicisme du Sillon ne s’accommode que de la forme du gouvernement démocratique qu’il estime être la plus favorable à l’Église et se confondre, pour ainsi dire, avec Elle : il inféode donc sa religion à un parti politique. Nous n’avons pas à démontrer que l’avènement de la démocratie universelle n’importe pas à l’action de l’Église dans le monde. Nous avons déjà répété que l’Église a toujours laissé aux nations le souci de se donner le gouvernement qu’elles estiment le plus avantageux pour leurs intérêts. Ce que nous voulons affirmer, encore une fois, c’est qu’il y a erreur et danger à inféoder, par principe, le catholicisme à une forme de gouvernement, erreur et danger qui sont d’autant plus grands LORSQU’ON SYNTHÉTISE LA RELIGION AVEC UN GENRE DE DÉMOCRATIE DONT LES DOCTRINES SONT ERRONÉES. Or c’est le cas du Sillon, lequel, par le fait et pour une forme politique spéciale, en compromettant l’Église, divise les catholiques, arrache la jeunesse et même les prêtres et des séminaristes à l’action simplement catholique et dépense en pure perte les forces vives d’une partie de la nation…
Ce genre de démocratie dont les doctrines sont erronées, c’est le socialisme qui, on le sait, se réclame du matérialisme absolu et qui qualifie la religion « un opium pour le peuple ». M. Sangnier ne peut l’ignorer et pourtant, dans ses discours et dans ses écrits, il ne cesse d’exalter les théories socialistes comme les plus propres à instaurer un ordre de choses où tous les hommes seraient libres, égaux et comblés de félicités temporelles. A cet effet, il déforme les enseignements de l’Évangile. Sentimental anarchisant, il y procède de telle sorte que, lors de son passage à la Chambre, il recueillit les applaudissements des communistes inspirés par Moscou.