Quand la persécution viendra — et sans doute elle viendra bientôt et elle sera terrible car tout indique que la patience de Dieu est à bout — les courtisans de la Finance se hâteront d’apostasier. Ce ne sera d’ailleurs pas une cause de tristesse : la persécution purifie l’Église. Celle qui approche la délivrera des esclaves de l’Or immonde et lui donnera les Saints dont elle a le plus urgent besoin !
En démocratie parlementaire, c’est-à-dire sous le régime du bavardage dans le vide, les libéraux, qui prisent fort cette intempérance du gosier, souffrent de ne pas s’y livrer autant qu’ils le souhaitent. Désolés de ne pas réussir malgré toutes leurs avances à conclure une paix durable avec les ennemis irréductibles de l’Église, n’obtenant que des armistices précaires où ils tiennent l’emploi de dupes plus ou moins bénévoles, ils ont tenté récemment un suprême effort pour déchirer la Tunique sans couture. Ils ont imaginé d’accepter les lois laïques. Certains politiciens athées, de la nuance dite conservatrice, exigeaient cette trahison pour leur concéder une toute petite place autour de l’assiette au beurre. Le pacte fut conclu sans hésitation et il s’ensuivit que quelques libéraux, choisis parmi les plus souples, réussirent à se glisser dans les rangs des élus qui, à la Chambre ou au Sénat, jacassent sous le joug de la Banque omnipotente.
Résultat pour le bien de l’Église — néant.
Il ne pouvait en aller autrement. D’abord ces déserteurs ne peuvent acquérir aucune influence. La soi-disant Libre-Pensée ne croit pas à leur sincérité. Pour la satisfaire pleinement, il faudrait qu’ils cessent de manifester leur croyance et, par exemple, d’entendre la Messe. Il faudrait que lorsqu’on outrage Dieu devant eux, ils approuvent avec chaleur. Comme ils n’en sont pas encore tout à fait là, leur soumission partielle ne leur vaut que des rebuffades et des réprimandes. La chose se conçoit facilement : les héritiers de la Révolution soupçonnent et soupçonneront toujours de duplicité ceux qui, quémandant leur alliance, n’acceptent pas tous les articles de leur Credo dont les principaux sont la négation de l’existence de Dieu et la réprobation de la foi catholique. On ne saurait leur reprocher cette méfiance ; ils sont dans la logique de l’esprit sectaire qui les inspire.
Les libéraux devraient avoir appris qu’on ne gagne rien à ménager toutes les chèvres et tous les choux et qu’on ne fonde rien de solide sur l’équivoque. Mais ces hongres par persuasion semblent trop amollis pour réagir. Ils se rendent compte que s’ils protestaient à la tribune contre quelque application par trop odieuse des lois laïques, on leur rappellerait aussitôt que, sur l’autel du Manitou qui a nom Suffrage universel, ils ont adhéré à un principe dont ils rejettent maintenant les conséquences. Ils n’ont donc d’autre ressource que de se confiner un silence craintif ou, tout au plus, de s’abstenir de voter les mesures de persécution qu’ils contribuent à préparer.
Est-ce pour une neutralité de ce genre que les catholiques illusionnés dont ils faussèrent l’entendement par d’insidieuses promesses leur ont donné mandat de les représenter ?
Se taire, se composer une attitude passive quand on attaque l’Église, est-ce un moindre mal que de la défendre vigoureusement et sans nulle réticence chaque fois que l’adversaire revient à l’assaut ?…
Pour ceux d’entre les catholiques qui oublient trop facilement les exigences salutaires de leur foi, précisons ce que signifie le fait d’accepter les lois laïques.
1o C’est, contrairement à la doctrine immuable de l’Église, contrairement à un précepte formel de l’Évangile, reconnaître à l’État le droit de désunir, par le divorce, les couples unis par Dieu.