2o Les plus malfaisantes de ces lois continuent à agir, quelles que soient les intentions des ministères successifs. Au moment des accalmies apparentes, nous avons eu trop de confiance, les écoles athées fonctionnaient sans arrêt ; on préparait les dossiers contre les Ordres religieux, et l’attribution des biens ecclésiastiques se poursuivait sournoisement et sûrement.
3o Cette politique encourage nos adversaires qui, comptant sur notre résignation et notre passivité, se livrent chaque jour à de nouveaux attentats contre l’Église. En somme, les lois de laïcité se sont multipliées au point de réduire chaque jour davantage la reconnaissance du domaine divin sur nous et le champ de nos droits et de nos libertés. Ces pensées frapperont singulièrement quiconque se rappellera la série des lois dont nous sommes les victimes, quiconque invoquera le témoignage de l’histoire pendant le dernier demi-siècle.
C’est pourquoi la majorité des catholiques vraiment attachés à leur foi demande qu’on adopte une attitude plus militante et plus énergique. Elle demande que sur tous les terrains, dans toutes les régions du pays, on déclare ouvertement et unanimement la guerre au laïcisme et à ses principes jusqu’à l’abolition des lois iniques qui en émanent ; que, pour réussir, on se serve de toutes les armes légitimes.
La déclaration énumère ensuite les moyens d’action contre les lois laïques. Puis elle conclut :
Les révolutionnaires multiplient les démarches, voire les grèves ; ils assiègent et ils harcèlent le gouvernement qui, presque toujours, finit par céder à leurs instances. Pourquoi, autant que nous le permettent notre morale, notre dignité, notre amour de la paix fondée sur la justice et la charité, ne les imiterions-nous pas, afin d’effacer de notre code les lois qui, suivant l’énergique parole d’un de nos évêque, « nous mènent du laïcisme au paganisme » ?
Assurément, l’œuvre est immense et difficile, mais le propre de la vertu de force est d’affronter les obstacles et de braver les dangers. De plus, nous disposons de troupes dont le nombre et le courage égalent au moins le nombre et le courage des autres groupements, car une multitude de chrétiens, à compter seulement ceux qui sont fervents et agissants, sont impatients d’engager la lutte. Nos cadres — paroisses, diocèses, provinces ecclésiastiques, — sont préparés. Ce qui a trop manqué jusqu’ici aux catholiques, c’est l’unité, la concentration, l’harmonie, l’organisation des efforts. N’auront-ils pas assez d’abnégation pour former un corps compact qui travaillera avec ensemble sous la direction de leurs supérieurs hiérarchiques ? On dira que cette attitude nous expose à des retours offensifs et impitoyables de nos adversaires. Ce n’est pas certain ; en tout cas, à quelles calamités ne nous expose pas l’attitude contraire ? Quel avenir nous attend si, satisfaits d’une légère et artificielle détente, nous nous endormons ? Jamais peut-être, depuis cinquante ans, l’heure n’a paru aussi propice. A la laisser passer sans en profiter, il semble bien que nous trahissons la Providence.
Quel réconfort pour les âmes droites que ces magnifiques paroles qui disent si nettement le vrai ! Quelle reconnaissance nous devons à nos chefs pour nous avoir indiqué le chemin à suivre, le chemin de lumière, celui qui passe loin des sables mouvants et des landes mal famées où se fourvoie le libéralisme !
Célébrant cette Déclaration, M. Robert Havard a eu raison d’écrire : « Elle est une charte précieuse, si l’on en tient compte pratiquement, si l’on ne l’étouffe pas sous des équivoques. Nul document n’est plus propre à instaurer la discipline des catholiques, par-dessus leurs divergences politiques. Au seuil de l’autre camp, on a disposé, comme pierre de touche, les lois intangibles et la laïcité de l’État. Nous voudrions que, chez les catholiques, la Déclaration de leurs pasteurs spirituels jouât le même rôle, c’est-à-dire qu’elle servît à les grouper en un seul faisceau[4]. »
[4] Article publié dans le journal Rome no du 1er Août 1925. On ne saurait trop recommander la lecture de cette feuille. Le libéralisme y est combattu sans cesse avec des arguments aussi judicieux que solides en doctrine.