Quant à moi, mon choix est fait. Un ange m’apparaîtrait pour m’enjoindre d’apporter mon suffrage aux libéraux qui acceptent les lois laïques, m’appuyant sur la Déclaration, je lui répondrais comme sainte Angèle de Foligno : « — Je te connais : c’est toi qui es tombé du Ciel ! »
LES DISCIPLES D’EMMAÜS
Jésus feignit d’aller plus loin ; mais ils le pressèrent, disant : « Reste avec nous car le soir arrive et le jour est déjà sur son déclin… »
Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au dedans de nous, pendant qu’il nous parlait sur le chemin ?… (Saint Luc, XXIV).
« Les faits de la vie de Jésus continuent, chaque jour, à se reproduire sous nos yeux. Le voile du temple se déchire chaque jour devant le regard des croyants afin qu’ils puissent contempler les mystères de la foi. Comme la terre tremblait devant la majesté du Crucifié, la chair tremble sous l’impression des paroles et des choses nouvelles que nous apporte Jésus-Christ. Les pierres se brisent : des cœurs qui étaient durs comme pierre se brisent par la contrition. Semblables, jusque-là, à des tombeaux pleins de corruption, ils vont être débordants de vie ; ils vont rendre gloire au Créateur. Les tombeaux s’ouvrent, ces tombeaux qui contenaient des âmes mortes à la loi divine. Ces âmes sortent d’elles-mêmes, elles suivent Jésus et elles marchent dans une nouvelle vie. »
Ainsi parlait Origène. Ainsi Jésus se manifeste aux âmes qui le cherchent à travers cette vie transitoire et se manifestera aux âmes qui le chercheront — jusqu’à la fin du monde. Il n’est pas un verset de l’Évangile où nous ne puissions constater que tous les épisodes de son passage sur la terre, toutes les phrases prononcées par Lui se répètent quotidiennement. Non seulement son verbe et ses actes nous instruisent et nous émeuvent mais encore ils prennent une valeur de symbole perpétuel pour les contemplatifs.
Tant que nous attachons de l’importance aux illusions d’ici-bas, nous sommes pareils à d’étranges convives aux noces de Cana qui estimeraient le moins bon vin si délectable qu’ils ne se soucieraient pas du vin miraculeux que leur offre Jésus. Au contraire, dès que nous comprenons ceci : Rien n’a d’importance hormis la Sainte Trinité, nous écartons tout ce qui n’est pas ce breuvage incomparable, la Grâce illuminante par quoi le spectacle du monde ne nous présente plus que l’image, perçue « comme dans un miroir », de la vie intérieure.
Alors nous obéissons joyeusement à la Sainte Vierge qui nous prescrit : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Et nous méritons de nous écrier après elle : « Il crée en moi de grandes choses, Celui qui est la Puissance ! »
Il y a des heures aussi où nous sommes les disciples d’Emmaüs…
Je me souviens : j’étais à Paray-le-Monial, occupé à écrire la vie de Sainte Marguerite-Marie. Des jours vinrent où j’éprouvai de ces crises d’aridité qui portent à prendre l’apparence pour la réalité. Privé, pour un temps, du sentiment que Jésus rayonne au centre de l’âme éprise de le servir, j’errais dans le désert par une nuit très obscure.