Je me recueillis un peu puis je demandai mentalement à Dieu de m’éclairer sur la ligne à suivre et je fus exaucé aussitôt, car il me fut inspiré de lui dire : — Cette âme dans la peine et qui soupire après la délivrance, c’est la vôtre, n’est-ce pas ?
Il eut un sursaut, hésita quelques secondes puis avoua : — Eh bien oui, c’est moi…
— A merveille, continuai-je, la situation est plus nette entre nous et je préfère qu’il en soit ainsi. Je vous dirai donc que, depuis longtemps, votre conduite me rend perplexe. Vous venez, à peu près tous les jours, à la messe ; tout prouve que ce n’est pas pour vous une formalité vaine. Je dois donc vous tenir pour un chrétien plus occupé de Dieu que beaucoup d’autres. Néanmoins, par une inconséquence bizarre, vous vous privez des sacrements alors que, logiquement, vous devriez les rechercher. Plus encore — et cela m’a fort étonné — vous ne faites même pas vos Pâques. Cependant n’ignorez pas que se confesser et recevoir la Sainte-Eucharistie, à cette époque de l’année, c’est un commandement de l’Église auquel tout catholique a le devoir de se conformer.
— Je sais cela, reconnut-il à voix basse.
— Alors, pourquoi vous dérober ?
Il porta la main à sa gorge comme s’il étranglait puis il fit un geste de détresse. Combien je le prenais en pitié ! Mais il fallait aboutir.
— Je suis votre ami, poursuivis-je, n’en doutez pas une minute. Soyez sûr également que le caractère dont je suis revêtu et qui fait de moi le serviteur de mes paroissiens m’a préparé à tout entendre et, le cas échéant, à tout absoudre. Je vois qu’une charge excessive vous opprime et je vous supplie d’être convaincu que je donnerais mon sang pour vous l’enlever.
Dieu conférait sans doute à mes phrases l’accent nécessaire, car il fut touché. Des larmes débordaient d’entre ses paupières et il tourna vers moi un regard si plein de gratitude que je crus bien avoir remporté la victoire.
Hélas, pas encore !…
Il se contenta de me dire d’une voix entrecoupée : — Quand on a commis une faute grave et dont les suites ne cessent de léser autrui, il est nécessaire, si je ne me trompe, non seulement de s’en repentir mais de la réparer ?…