— Sans nul doute, répondis-je. Pour que le sacrement de pénitence soit efficace, il faut d’abord avoir la contrition et ensuite, agir de telle sorte que le péché dont nous sollicitons le pardon, nous formions la résolution de ne plus le commettre. Cela dans tous les cas et particulièrement dans celui où ses conséquences nuiraient au prochain. Alors nous devons, autant qu’il nous est possible, supprimer la cause du mal que nous avons fait. Que vaudrait devant Dieu notre repentir si, à notre escient, le tort dont nous nous sommes rendus coupables envers autrui continuait de produire ses effets ?

— Oui, oui, voilà le point, murmura M. Marival. Puis il se tut et, les yeux baissés, se tordit les mains.

Je crus deviner le motif de ce mutisme et je repris : — Si, pour une raison quelconque, vous ne jugez pas à propos de vous présenter à mon confessionnal, je suis tout prêt à vous adresser à l’un de mes collègues dans l’endroit qui vous conviendra le mieux. N’ayez aucun scrupule à cet égard : Je ne me formaliserai pas que vous ayez recours à un autre que moi. Je ne désire qu’une chose : c’est que vous vous réconciliez entièrement avec Dieu.

Je pensais l’avoir mis au pied du mur et j’attendais anxieusement sa réponse.

Il m’échappa. Soudain, comme si la perspective de se libérer sans délai le bouleversait à fond, il sembla pris de panique.

— Plus tard !… Plus tard !… s’écria-t-il.

Et, me laissant là, il s’éloigna précipitamment. Puis tout à coup il s’arrêta, comme frappé par une réflexion, fit demi-tour et, revenant vers moi, me jeta : — Ne le dites à personne, à personne que je vous ai parlé…

Je compris que cela signifiait : — Surtout pas à ma femme !

Il se perdit dans l’ombre croissante. Tout déconcerté, je demeurai sur place… Ah ! c’est cela que je ne puis me pardonner. J’aurais dû courir après lui, le rattraper et alors Dieu m’aurait indubitablement inspiré les paroles qui l’auraient persuadé de ne pas différer. Mea culpa, j’ai manqué de résolution… Et j’en fus puni, comme vous allez voir.

Le lendemain, M. Marival n’assista pas à la messe. Le jour d’après, les rumeurs du village m’informèrent qu’il était tombé malade et gardait le lit. Je n’en fus pas extrêmement surpris car, lors de notre dernière rencontre, sa pâleur et l’altération de ses traits m’avaient inquiété. Le regret d’avoir perdu l’occasion de soulager cette pauvre âme dans l’angoisse me tourmentait et m’empêchait de dormir. Je me jurai de tout faire pour pénétrer jusqu’à lui.