Nous faisons notre offrande. Et Notre-Dame, montrant les chemins qui sillonnent les massifs, nous dit encore : — Dans le jardin de la souffrance, tous les sentiers partent de la Croix, reviennent à la Croix. Fleurir la Croix, c’est la joie unique, celle que le monde ne peut ni ressentir ni concevoir.

A ces mots, l’allégresse du sacrifice déborde de notre âme. Nous nous agenouillons et nous chantons :

Sancta Mater, istud agas :

Crucifixi fige plagas

Cordi meo valide !…

Et le parfum des roses, avec notre cantique, monte, comme un encens, vers l’Agneau de Dieu, immolé pour notre salut et pour celui des malheureux qui, l’ayant renié, s’enlisent — là-bas, hors des murs, — dans le marécage où les égara la danse railleuse des feux-follets que le Démon y allume sans trêve…


Beata solitudo. — A diverses reprises, j’ai rencontré des gens qui me demandèrent si je ne m’ennuyais pas dans ma solitude. A chaque fois, j’ai pu leur répondre : — D’abord, amis, si je m’y ennuyais, rien ne me serait plus facile que de la faire cesser, étant donné qu’elle est volontaire. Mais il y a autre chose, ceci : plus je suis seul, moins je suis seul.

Cette assertion parut les étonner. Je leur expliquai : — Rappelez-vous ce que dit Notre-Seigneur : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous établirons en lui notre demeure. »

Or, d’une façon bien imparfaite, mais en m’appliquant à le servir à l’exclusion de tout autre maître, j’aime Jésus. Comme, passant outre à l’insuffisance du pauvre logis que je lui offre, il daigne me faire l’incomparable faveur d’y venir, j’en écarte les intrus, à savoir, autant qu’il m’est possible, toute pensée, tout sentiment qui ne seraient pas de son obédience. Pour cela, j’ai besoin de la solitude.