— Ah ! vraiment, me dit-il, vous ne voulez plus communier ? Eh bien moi, je vous donne pour pénitence de communier trois jours de suite quel que soit votre état d’esprit. Vous m’entendez ?

Comme je le regardais, ébahi, voire même un peu choqué, il ajouta : — Mon pauvre enfant, comprenez donc que vous avez été attaqué par le Mauvais. Furieux de s’avouer que vous remplissez vos devoirs religieux et que son ascendant sur vous s’affaiblit tous les jours, il a essayé de vous ressaisir par surprise. Le seul moyen de parer ce coup, c’est de faire justement ce qui lui déplaît le plus, c’est-à-dire de communier. Je vous garantis que si vous m’obéissez, il n’y reviendra pas. Le ferez-vous ?

— Certes, oui, répondis-je.

Des écailles me tombaient des yeux. Je voyais, maintenant, avec la plus grande netteté, la chausse-trape où je m’étais laissé prendre.

Je communiai comme il m’était prescrit. Et je n’ai pas besoin de dire que le Cornu se tint coi.

Pour conclure, je souligne que souffrant du scrupule, nous ne serons remis d’aplomb que par le confesseur. Lui seul a le pouvoir de nous délivrer. Car étant donné que, dans une telle occasion, le diable fausse notre optique intérieure, les yeux de notre âme sont affectés d’une sorte de strabisme grossissant ; nous ne voyons plus les objets tels qu’ils sont. Le confesseur, lui, voit clair et il nous guérit en un tour de main.

D’autre part, l’assaut est tellement brusque qu’il nous fait perdre la tête. Enfin, j’y insiste, les convertis récents manquent d’expérience et, par suite, il leur est impossible de faire la distinction des esprits.

Au surplus, les crises de scrupule sont heureusement passagères. A mesure que le néophyte se perfectionne dans la vie chrétienne, il apprend à mépriser ces manigances du diable.

Il y en a de pires comme nous l’allons voir.

Mais, dira-t-on, il existe des personnes qui demeurent, toute leur vie, tenaillées par les scrupules. Sans doute : ce sont des malades — et les prêtres le savent bien. Moi, j’ai voulu seulement indiquer une phase — la première et la plus anodine — des épreuves par lesquelles passent les convertis lucides, afin de les avertir que ce n’est point par leurs moyens personnels qu’ils parviendront à se dégager de cette embuscade. Quant aux scrupuleux d’habitude, ils relèvent de la pathologie. Ce n’est pas mon affaire.