Et, au surplus, pauvres boiteux, qui clopinons sur les routes inférieures, n’avons-nous pas l’exemple des Saints qui marchent, à grands pas héroïques, dans les voies les plus élevées de la sécheresse et de la déréliction ?

Au début de sa vocation, la Bienheureuse Marguerite-Marie subit une épreuve de ce genre. Mais elle obéit à sa maîtresse des novices qui lui disait : « Tenez-vous devant Dieu comme une toile d’attente devant un peintre. »

Efforçons-nous donc de l’imiter.

Ou encore appliquons-nous ces paroles de saint François de Sales. Évoquant l’exemple de sainte Madeleine qui pleure au pied de la croix, tandis que les ténèbres couvrent la terre, il dit : « Oh ! qu’elle devait être mortifiée de ne plus voir son cher Seigneur ! Elle se relevait sur ses pieds, fichait ardemment ses yeux sur lui, mais elle ne voyait qu’une certaine blancheur pâle et confuse. Elle était néanmoins aussi près de lui qu’auparavant… »

Ainsi, attendons l’heure de Dieu : elle finit toujours par sonner. Et enfin n’oublions pas qu’il se tient sans cesse à côté de nous, même et surtout lorsque, perdus dans la nuit nécessaire à quiconque progresse vers Lui, nous ne sentons plus son adorable présence.

NOTES

On pourrait multiplier les textes où l’état d’aridité fut décrit, bien mieux que je ne saurais le faire, avec toutes ses souffrances et ses angoisses. Saint Jean de la Croix dans son livre : la Nuit obscure et dans sa Montée du Carmel l’analyse en des termes d’une puissance merveilleuse.

Sainte Catherine de Gênes en parle également dans son Traité du Purgatoire, d’après son expérience personnelle. En voici un passage des plus caractéristiques : « Dieu forme autour de mon intérieur comme un siège qui le sépare et l’isole de tout, en sorte que toutes les choses qui jadis procuraient quelque rafraîchissement à ma vie spirituelle m’ont été peu à peu enlevées. Maintenant que j’en suis privée, je reconnais que j’y avais cherché une pâture et un soutien trop naturels… En même temps, la peine que me fait éprouver le retard de mon union avec Dieu devient de plus en plus intolérable. »

Sainte Angèle de Foligno, dans le livre de ses Visions et Instructions, précise combien l’âme se trouve près de Dieu durant les heures même où elle se croit le plus délaissée. Elle dit : « Un père qui aime beaucoup son fils lui donne avec mesure les aliments. Il mêle de l’eau à son vin. Ainsi de Dieu : il mêle les tribulations aux joies et dans la tribulation, c’est encore lui qui nous tient. S’il ne la tenait pas, l’âme s’abandonnerait et tomberait en défaillance. Au moment où elle se croit abandonnée, elle est aimée plus qu’à l’ordinaire. »

Sainte Térèse recommande l’espoir et la patience : « Cette peine est très grande, je l’avoue ; mais si nous supplions avec humilité Notre-Seigneur de la faire cesser, croyez qu’il exaucera nos vœux. Dans sa bonté infinie, il ne pourra se résoudre à nous laisser ainsi seuls et il voudra nous tenir compagnie. Si nous ne pouvons obtenir ce bonheur en un an, travaillons pendant plusieurs et ne regrettons pas un temps si bien employé. Point d’obstacle invincible dans une si sainte entreprise. Ainsi, courage, je le répète. » Chemin de la Perfection, ch. XXVII.