DEUXIÈME PARTIE
LES ROSES DU CHEMIN

Qui diligit me, diligetur a Patre meo : et ego diligam eum et manifestabo ei meipsum.

Év. selon Saint-Jean : XIV, 21.

VII
LA SOLITUDE ET LE SILENCE

Ducam eum in solitudinem et loquar ad cor ejus.

Osée : III, 14.

L’aridité, les attaques démoniaques, les tentations, le spectacle d’un monde oxydé par l’or, toutes les épreuves de la vie intérieure préparent le pèlerin de Jésus à goûter les douceurs du Bon Maître quand celui-ci juge à propos de réconforter l’âme que les ronces du chemin déchirèrent. Parce qu’elle porta sa croix avec constance, parce que, soutenue de la Grâce, elle fit abnégation d’elle-même pour suivre le Seigneur en ses étapes douloureuses, voici qu’elle reçoit la faveur d’entrer dans la région de la joie illuminative.

La nuit obscure où elle se purifia ne cesse de décroître ; déjà les premières lueurs de l’aube argentent les sommets de la Terre promise. Parfois son divin Guide se retourne et lui indique les talus qui bordent la route. L’âme, étonnée et ravie à la fois, découvre que ce ne sont pas des épines qui les tapissent mais de larges fleurs aux pétales vermeils. Des roses, encore des roses, plus loin des roses : partout les yeux de Jésus rayonnent sur des roses, car c’est ici la patrie des roses de l’Amour.

Si, par une grâce ineffable, Notre-Seigneur t’invite à séjourner dans cette oasis où l’air s’imprègne d’une odeur de paradis, âme contemplative, tu devines que c’est pour t’apprendre à Le connaître dans la solitude et le silence.

Une retraite cœur à cœur avec Lui, c’est ce qu’il te fallait durant cette phase de ton progrès vers l’Absolu. Admire donc comme Il te détache de toutes choses afin que tu t’offres à son empreinte comme la cire enflammée à l’empreinte du cachet.

Le monde grouille et bourdonne, là-bas, derrière toi. Que t’importe ? De par Jésus, tu l’ignores. Ton désir unique, c’est de rester assise aux pieds de ton Maître tant qu’il lui plaira de te parler. Et la solitude et le silence sont là qui te prennent pour que tu te pénètres plus à fond de ce Verbe adorable…

Laisse-moi maintenant te conter comment le pauvre caillou brisé fut admis, malgré sa stupéfiante insuffisance, à quelques mois de ce recueillement total auprès de son Sauveur. Ce récit véridique répandra plus de lumière sur la tendresse de Jésus à notre égard que les dissertations les plus fouillées.