L’eucharistie reçue, comme je revenais joyeux à Arbonne, portant mon Dieu dans ma poitrine ! Comme, dès lors, je comprenais à quel point cette nourriture nous est nécessaire pour ne pas buter contre les obstacles dont se parsème la voie étroite !…

On m’excusera si je me suis laissé entraîner à décrire cette période de mon existence. C’est que j’ai voulu montrer, par un exemple personnel, les vertus sanctifiantes de la solitude et du silence…

Or, notre âme est un lac dont il dépend de nous d’agiter ou d’apaiser les eaux. Si nous la livrons au souffle des passions mondaines, elle se couvre d’écume et de détritus ; troublée et tourbillonnante, elle se ternit de la vase que nos péchés déposèrent en son tréfonds. Si nous la tenons hors de l’atteinte des cyclones qui voudraient la bouleverser, elle se purifie ; elle devient, peu à peu, l’onde transparente et tranquille où les rayons du ciel aiment à se refléter.

C’est seulement dans la solitude et dans le silence que le Saint Esprit nous parle et qu’il allume en nous le feu de son Amour. C’est seulement dans la solitude et dans le silence que le Fils daigne nous permettre de panser ses plaies. C’est seulement dans la solitude et dans le silence que le Père nous laisse parfois entrevoir la majesté de sa Face. C’est enfin dans le silence et dans la solitude que la Sainte Vierge nous abrite le plus volontiers sous les chastes plis de son voile.

O beata solitudo, o sola beatitudo s’écriait saint Bernard. Avec lui nous nous écrierons : — Heureuse solitude, seule béatitude !

Et nous ajouterons : — Mon Dieu, faites que dans la forêt des jours, nous découvrions la solitude, ignorée des hommes, où nous croîtrons, comme de jeunes bouleaux, sous la rosée de votre Grâce. Faites que nos prières, entendues de Vous seul, y soupirent comme les ramiers sauvages. Faites que toutes les puissances de notre âme s’y épanouissent à votre gloire comme ces campanules d’avril qui étoilent le sol des futaies ombreuses où les branchages des vieux chênes s’inclinent pour vous adorer — en silence.

VIII
LA COMMUNION

Sumit unus, sumunt mille :

Quantum isti, tantum ille :

Nec sumptus consumitur.

Séquence de la Messe du Saint-Sacrement.

La seule chose qui importe dans la vie, c’est d’aimer toujours davantage Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Comment arriver à cette progression d’amour ? Ce n’est point notre pauvre nature qui, laissée à elle-même, pourrait y réussir. Si grande que soit sa bonne volonté, elle demeure versatile, elle a besoin d’un soutien surnaturel qui la maintiendra dans la voie étroite, loin des illusions de la chair et des prestiges du péché. Ce réconfort, ce surcroît de zèle, l’Eucharistie seule nous les procure.