— J’aurais tort de me tracasser car enfin l’Église ne nous en fait pas un devoir rigoureux.
Parfois aussi, le respect humain leur sifflote des conseils d’orgueil :
— Je passe pour un homme pondéré. Si l’on s’aperçoit que je vais tous les jours à la messe, on dira que j’exagère et cela ébranlera ma situation… Je vois déjà Untel, mon concurrent auprès de l’opinion publique, entrer en campagne. Il me tient pour intelligent quoique catholique… Je devine son sourire s’il constate mon assiduité à la messe… Or, je ne veux pas qu’il me considère comme un sot…
Mon bon ami, j’estime que tu ferais bien de te rappeler la parole de saint Paul. Il disait, avec louange, aux fidèles qui pratiquaient ostensiblement leur foi parmi les tumultes hostiles de la société païenne :
— Nous sommes des sots à cause de Jésus-Christ.
Voilà de ces phrases comme Dieu en inspirait à l’Apôtre. Elles résument, en beauté, tout un état d’âme. Elles repoussent l’orgueil dans les ténèbres ; elles entr’ouvrent une fenêtre sur le ciel…
Si donc tu te pénètres de cette sottise, comme il sied, — tu iras à la messe et tu communieras on ne peut plus fréquemment. Car tu auras compris qu’être un sot aux yeux du monde c’est avoir de l’esprit devant Dieu.
Quant à l’objection que tes affaires absorbantes te feraient manquer au recueillement, ne crois-tu pas que de les soumettre à Dieu, avant d’y vaquer, te rendrait sûr de ne commettre aucun acte, de ne prononcer aucune parole qui puisse appesantir ta conscience ?
Il est fort probable qu’après cette communion, si tu dis oui, ce sera oui, si tu dis non, ce sera non, ainsi que le commande Notre-Seigneur Jésus-Christ.
A plus forte raison, tu seras armé contre les tentations de lucre, de luxure et de vanité dont le monde va t’assaillir.